Quels référentiels pour exporter des fruits et légumes frais ?

Pour une exploitation, un groupement ou une station qui exporte du frais, quatre référentiels se discutent avec l’acheteur : GLOBALG.A.P. IFA v6, son add-on social GRASP, SQF et PrimusGFS. Ils ne jouent pas le même rôle. IFA v6 certifie l’exploitation. GRASP évalue ses pratiques sociales, sans délivrer de certificat. SQF et PrimusGFS couvrent la ferme et, au-delà, la station, l’usine ou l’entrepôt.

Notre page Référentiels GFSI compare les douze programmes reconnus par la GFSI ; celle-ci détaille ceux de la production primaire et du frais.

Référentiel

Ce qu’il couvre

Statut GFSI

Ce que vous obtenez

GLOBALG.A.P. IFA v6 Smart

L’exploitation, de la culture à la manutention après récolte

Non listée : c’est l’édition GFS qui est conçue pour la reconnaissance

Un certificat IFA, qui liste les catégories de produits

GLOBALG.A.P. IFA v6 GFS

Le même périmètre, avec des règles générales différentes, notamment pour les audits non annoncés

IFA GFS fruits et légumes listée ; version 6.1 en benchmarking selon la version 2024

Un certificat IFA GFS

GRASP v2

La santé, la sécurité et le bien-être des travailleurs de l’exploitation

Hors reconnaissance GFSI

Une lettre de conformité valable un an, pas un certificat

SQF

Codes de production primaire (végétale, animale, aquaculture), de fabrication et d’entreposage

Edition 9 listée ; Edition 10 en benchmarking

Un certificat SQF

PrimusGFS

Les fruits et légumes, de la ferme à la transformation et au stockage

Listé pour BI, BII, BIII, CII à CIV et G

Un certificat PrimusGFS

Deux autres programmes de la production primaire figurent sur la liste de la GFSI : CanadaGAP, né au Canada pour les fruits et légumes frais, et Freshcare, né en Australie. Nous les citons pour mémoire : ils ne concernent un exportateur marocain que si un acheteur les nomme.

GLOBALG.A.P. IFA v6 : édition Smart ou édition GFS ?

Celle que votre acheteur exige. GLOBALG.A.P. présente les deux éditions comme également valables : Smart convient à la majorité des producteurs, GFS est conçue pour ceux qui ont besoin d’une certification reconnue par la GFSI. Les exigences des acheteurs déterminent en général l’édition à mettre en œuvre.

Selon la page IFA fruits et légumes de GLOBALG.A.P., IFA v6 a été publiée en avril 2022 en deux éditions. L’édition Smart a remplacé la version 5.2 le 1er janvier 2024 ; l’édition GFS a remplacé la version 5.4-1-GFS le 1er janvier 2025. Les deux éditions diffèrent surtout par leurs règles générales, par exemple celles qui encadrent les audits non annoncés de l’organisme de certification.

Point de décision

IFA v6 Smart

IFA v6 GFS

Positionnement selon GLOBALG.A.P.

Convient à la majorité des producteurs

Conçue pour les producteurs qui ont besoin de la reconnaissance GFSI

Reconnaissance GFSI

Non listée

Listée pour les fruits et légumes ; une version 6.1 est en cours de benchmarking selon la version 2024

Ce qui change

Règles générales, dont les audits non annoncés

Règles générales, dont les audits non annoncés

Version remplacée

5.2, depuis le 1er janvier 2024

5.4-1-GFS, depuis le 1er janvier 2025

Add-on GRASP

Combinable

Combinable

Qui décide

L’acheteur

L’acheteur

Si un acheteur écrit seulement « GLOBALG.A.P. », posez-lui la question par écrit : Smart ou GFS, avec quels add-ons, et à partir de quelle campagne. Un producteur qui sert plusieurs clients choisit l’édition qui convient à tous : si l’un d’eux exige la reconnaissance GFSI, c’est l’édition GFS.

Ce que l’audit IFA v6 regarde sur une exploitation

GLOBALG.A.P. décrit IFA v6 comme un référentiel de la production primaire, des activités avant récolte jusqu’à la manutention après récolte. Il s’applique du plein champ à l’hydroponie, des cultures non couvertes à l’agriculture en environnement contrôlé : les serres de tomates et de fruits rouges du Souss entrent dans son champ comme les vergers d’agrumes.

Les thèmes couverts sont la traçabilité, la sécurité des aliments, le bien-être des travailleurs, la biodiversité, l’énergie, les déchets, les intrants, l’eau, la lutte intégrée et les produits phytopharmaceutiques. Le certificat est délivré au niveau du périmètre « IFA for plants » et liste les catégories de produits une à une. Vérifiez donc que chaque produit vendu sous certificat y figure bien.

Producteur individuel, multisite ou groupement ?

GLOBALG.A.P. ouvre la certification aux producteurs individuels, sur un seul site ou sur plusieurs, et aux groupements de producteurs, petits exploitants compris. Le choix de l’option change l’organisation du projet plus que le contenu technique.

  • Un producteur de tomates cerises sous serre de Chtouka-Aït Baha qui exploite plusieurs fermes peut les réunir sous une certification multisite.
  • Une coopérative d’agrumes de la région de Taroudant, dont les adhérents cultivent de petites parcelles, peut viser une certification de groupe : la coopérative porte alors la gestion collective du système.

Les règles générales de GLOBALG.A.P. fixent ce que chaque option exige : lisez-les avec l’organisme de certification avant de rédiger la moindre procédure.

Label GGN, chaîne de contrôle et SPRING

Trois éléments complètent IFA v6 et apparaissent parfois dans les cahiers des charges :

  • Le label GGN, destiné au consommateur, suppose une certification IFA de l’exploitation ; chaque producteur a un numéro GGN unique à 13 chiffres.
  • La chaîne de contrôle (CoC) garantit la séparation et la traçabilité des produits certifiés dans la chaîne d’approvisionnement. Si vous revendez sous la mention GLOBALG.A.P. des produits achetés à des producteurs certifiés, demandez à votre organisme si elle s’applique à vous.
  • SPRING est un add-on consacré à la gestion responsable de l’irrigation et des eaux souterraines.

GRASP : que vérifie l’add-on social, et faut-il le passer ?

GRASP (Risk Assessment on Social Practice) évalue la santé, la sécurité et le bien-être des travailleurs de l’exploitation. Il est en général volontaire, mais un acheteur peut l’exiger, et il est obligatoire dans deux cas : les audits IFA v6 en aquaculture et les producteurs du label GGN.

Selon la page GRASP de GLOBALG.A.P., la version 2 a été publiée en septembre 2022 et se combine avec IFA v6, Smart comme GFS. GRASP est un add-on : il ne s’utilise pas seul, mais avec un référentiel GLOBALG.A.P. ou un référentiel reconnu équivalent. L’évaluation est faite chaque année, avec l’audit IFA, par le même organisme de certification. Une évaluation réussie donne une lettre de conformité valable un an, pas un certificat. Les rapports ne sont pas publiés ; le statut de conformité est visible sur la plateforme informatique de GLOBALG.A.P.

GLOBALG.A.P. organise GRASP v2 en quatre thèmes. La dernière colonne donne des exemples de preuves à préparer.

Thème GRASP v2

Ce que l’évaluation couvre

Preuves à préparer sur l’exploitation

Voix des travailleurs

Liberté d’association, représentation des travailleurs, procédure de réclamation

Représentant connu des équipes, procédure de réclamation accessible aux saisonniers, suivi des réclamations traitées

Information sur les droits humains et du travail

Politique des droits humains, accès à l’information sur la réglementation du travail, procédures disciplinaires

Politique signée et affichée dans les langues des équipes, procédure disciplinaire écrite

Indicateurs des droits humains et du travail

Documents d’emploi, paie et salaires, enregistrement du temps et durée du travail, indicateurs de travail forcé

Documents d’embauche, bulletins de paie, pointage, aucune retenue de pièces d’identité

Protection des enfants et des jeunes travailleurs

Âge d’admission au travail, travail des enfants, jeunes travailleurs, scolarité obligatoire

Contrôle de l’âge à l’embauche, liste des jeunes travailleurs et des tâches qui leur sont interdites

Les exigences sont classées en « Major Must » et « Minor Must » : toutes les premières doivent être satisfaites, ainsi qu’un pourcentage minimal des secondes, qui augmente à partir de la deuxième année. Les non-conformités donnent lieu à des actions correctives, vérifiées par l’organisme avant l’émission de la lettre.

Le salaire minimum, l’âge minimal d’admission et la durée du travail dépendent du pays. GLOBALG.A.P. publie des lignes directrices nationales d’interprétation là où elles existent. Selon la note technique GLOBALG.A.P. 03/2024 (section 4.1.2), les organismes de certification doivent appliquer au Maroc la ligne directrice nationale d’interprétation GRASP v2. La référence reste la loi marocaine : Code du travail et textes sur le salaire minimum et la durée du travail en agriculture, dans leur version en vigueur.

Sur une exploitation du Souss-Massa, le point délicat est souvent l’organisation des équipes de campagne : saisonniers recrutés en nombre, parfois par un prestataire de main-d’œuvre. Dans ce cas, clarifiez avec l’organisme de certification la façon dont ces équipes entrent dans l’évaluation, et intégrez le prestataire dans vos contrôles.

SQF : Edition 9 ou Edition 10 pour une exploitation ou une station ?

Aujourd’hui, l’Edition 9. Selon la FAQ Edition 10 de SQFI, elle reste le seul programme SQF reconnu par la GFSI tant que l’Edition 10 ne l’est pas. L’Edition 10 a été publiée en mars 2026 ; ses audits sont attendus à partir de janvier 2027, sous réserve du benchmarking GFSI.

SQF est porté par SQFI, basé à Arlington, en Virginie. Son programme de sécurité des aliments s’organise en codes sectoriels : l’Edition 10 en compte dix. La bibliothèque de SQFI comprend notamment des codes de production végétale primaire (Primary Plant Production), de production animale primaire, d’aquaculture, de fabrication alimentaire et d’entreposage et distribution. SQFI propose un outil de sélection pour identifier le code applicable : une exploitation de primeurs et l’unité de surgélation qui transforme ses fruits ne relèvent pas du même code.

Ce que change l’Edition 10, selon SQFI :

  • une nouvelle exigence, commune à tous les codes de sécurité des aliments de l’Edition 10 : un plan d’évaluation de la culture sécurité des aliments ;
  • une nouvelle numérotation des exigences ; SQFI n’impose pas que vos procédures la suivent, mais celles construites sur l’ancienne numérotation peuvent devoir être revues ;
  • aucun changement pour l’exigence d’audit non annoncé, et aucune rupture du cycle de trois ans.

Votre audit SQF tombe…

Ce qui est audité

Ce que nous conseillons

Avant janvier 2027

Edition 9

Auditer en Edition 9 et lancer dès maintenant le plan d’évaluation de la culture sécurité des aliments

À partir de janvier 2027, avant la reconnaissance GFSI de l’Edition 10

Selon le calendrier fixé par SQFI et votre organisme de certification

Demander par écrit à l’acheteur s’il accepte l’Edition 10 avant sa reconnaissance GFSI

Après la reconnaissance GFSI de l’Edition 10

Edition 10

Système relu avec la nouvelle numérotation, plan culture en place et évalué

Les codes « Fundamentals », pour la production primaire et la fabrication, sont des étapes d’entrée. La page GFSI ne les cite pas parmi les programmes reconnus : ne les proposez à un acheteur que s’il les accepte par écrit.

PrimusGFS : quand en avez-vous besoin ?

Quand un acheteur la nomme. PrimusGFS est un programme reconnu par la GFSI, conçu pour les fruits et légumes de la ferme à la transformation. La GFSI le liste pour les périmètres BI (cultures), BII (céréales et légumineuses), BIII (manipulation des produits végétaux avant transformation), CII à CIV (transformation) et G (stockage et distribution). Comme SQF, il couvre sous un même nom la parcelle, la station, l’usine et l’entrepôt.

Au 5 novembre 2026, la page GFSI des programmes reconnus cite PrimusGFS v3.2, et PrimusGFS v4.0 figure parmi les programmes en cours de benchmarking selon la version 2024 des exigences GFSI. La version sur laquelle votre site sera audité, et la date d’application de la v4.0, se confirment par écrit avec l’organisme de certification et sur le site du propriétaire du programme avant de lancer le diagnostic.

Avant de lancer un projet PrimusGFS, demandez à l’acheteur si un certificat IFA v6 GFS lui suffit pour l’exploitation, et s’il attend PrimusGFS pour la seule ferme ou aussi pour la station et le stockage.

Exploitation, station, transformation : quel référentiel pour quel maillon ?

Chaque maillon a ses référentiels, et un même exportateur peut en cumuler plusieurs. Le tableau part de ce que fait physiquement le site ; les programmes cités sont ceux que la GFSI liste pour le périmètre correspondant.

Maillon

Périmètre GFSI

Référentiels possibles

Exemple anonyme (Souss-Massa)

Exploitation de plein champ ou sous serre

BI

GLOBALG.A.P. IFA v6, SQF (Primary Plant Production), PrimusGFS

Un producteur de tomates cerises sous serre de Chtouka-Aït Baha

Groupement de petits producteurs

BI

GLOBALG.A.P. IFA v6 en certification de groupe

Une coopérative d’agrumes de la région de Taroudant

Manutention à la ferme

BI, BIII

GLOBALG.A.P. IFA v6, PrimusGFS

Un tri et un conditionnement en bout de serre

Station de conditionnement

BIII

GLOBALG.A.P., PrimusGFS, BRCGS Food Safety, IFS Food, FSSC 22000, SQF

Une station de primeurs d’Aït Melloul qui reçoit les produits de plusieurs fermes

Transformation (découpe, surgélation)

CII

BRCGS Food Safety, IFS Food, FSSC 22000, SQF, PrimusGFS

Une unité de surgélation de fruits rouges

Entreposage frigorifique

G

BRCGS Storage & Distribution, IFS Logistics, FSSC 22000, SQF, PrimusGFS

Un entrepôt frigorifique près du port d’Agadir

Négoce de produits certifiés

Hors périmètre de production

Chaîne de contrôle GLOBALG.A.P., selon le cas

Un exportateur qui achète à des producteurs certifiés

Prenons l’exportateur intégré : des fermes certifiées GLOBALG.A.P. et une station pour laquelle ses clients industriels attendent un référentiel de l’usine. Traçabilité, hygiène, nuisibles et réclamations forment un socle commun ; protocole d’audit et exigences propres restent spécifiques.

Pour la station ou l’usine, voyez nos pages Certification BRCGS, Certification IFS et FSSC 22000. Notre cas d’un producteur de jus de fruits d’Agadir qui vise FSSC 22000 v7 montre comment distinguer station de conditionnement et unité de transformation. Les programmes transverses, traçabilité et rappel en tête, sont détaillés sur notre page Programmes sécurité des aliments.

Comment préparer un premier audit GLOBALG.A.P. dans le Souss-Massa ?

En partant du calendrier de campagne. Le système doit tourner sur des activités réelles de culture, de récolte et de manutention, et produire ses enregistrements, avant que l’auditeur arrive. Calez la date avec l’organisme de certification sur une période où il pourra observer les activités à risque : récolte, manutention, traitements.

Les points qui demandent le plus de travail

  • La traçabilité de la parcelle à la palette. Chaque lot expédié doit pouvoir être relié à sa parcelle ou à sa serre, à sa date de récolte et aux traitements reçus, puis retrouvé chez le client. Testez-la sur un lot réel, dans les deux sens.
  • Les produits phytopharmaceutiques. Produits autorisés au Maroc, compatibles avec les limites maximales de résidus du pays de destination, délais avant récolte respectés, stockage et enregistrement de chaque application.
  • L’eau. Origine, usages, évaluation des risques et analyses qui en découlent, pour l’irrigation comme pour le lavage et l’hygiène.
  • Les équipes de campagne. Formation à l’hygiène et à la sécurité, accès aux sanitaires et au lavage des mains, enregistrement de la formation, y compris pour les saisonniers arrivés en cours de campagne.
  • Les sous-traitants. Applicateurs, transporteurs, prestataires de main-d’œuvre ou de récolte : chacun doit entrer dans vos contrôles.
  • La manutention après récolte. Contenants, nettoyage, nuisibles, protection des produits jusqu’à la station.

Checklist avant de réserver l’audit

Si plus de trois cases restent vides, commencez par un diagnostic plutôt que par la réservation de l’audit.

Quelles erreurs coûtent une campagne ?

Une campagne d’export ne se rattrape pas : un certificat obtenu trop tard, c’est une saison vendue sans lui. Six erreurs sont à éviter.

  1. Choisir l’édition sans l’acheteur. Un certificat IFA v6 Smart ne répond pas à un client qui exige un programme reconnu par la GFSI.
  2. Certifier une partie des produits et vendre le reste sous la même mention. Le certificat liste les catégories de produits : ce qui n’y figure pas n’est pas certifié.
  3. Traiter GRASP comme un dossier papier. Réclamations et représentation doivent être connues des équipes, saisonniers compris.
  4. Construire SQF Edition 9 sans regarder l’Edition 10. Le plan d’évaluation de la culture se prépare maintenant.
  5. Oublier les sous-traitants. Un applicateur ou un prestataire de main-d’œuvre hors contrôle suffit à créer un écart.
  6. Confondre certificat et autorisation. La certification privée ne remplace ni l’autorisation ou l’agrément sanitaire de l’ONSSA, ni les règles du pays de destination.

Pour un audit à blanc avant la certification, ou pour un acheteur qui veut auditer ses producteurs en seconde partie, voyez nos audits et inspections.