Quel est le point de départ de ce producteur de jus d’Agadir ?

Le point de départ est classique : un site agréé par l’ONSSA, un plan HACCP en place, des clients européens qui demandent désormais une certification reconnue par la GFSI. Ce cas est un cas type, construit à partir de situations rencontrées en mission ; il ne décrit pas une entreprise identifiable.

Le site se trouve dans la région Souss-Massa. Il reçoit des fruits de producteurs de la région, agrumes en tête, les lave, les trie, en extrait le jus, le filtre, le pasteurise et le conditionne pour la grande distribution européenne et des industriels : des jus frais vendus sous froid d’un côté, des jus stables à température ambiante de l’autre. L’effectif varie fortement entre la campagne et l’intersaison.

Ce que le site possède déjà :

  • l’agrément sanitaire de l’ONSSA, délivré sur la base de la loi 28-07 et de son décret d’application 2-10-473 ;
  • un plan HACCP par ligne, revu chaque année ;
  • des cahiers des charges clients, avec des exigences sur les résidus de pesticides et la microbiologie ;
  • un responsable qualité, seul, très mobilisé par les audits clients.

Ce qui manque : un système de management au sens d’ISO 22000:2018, des PRP formalisés selon les normes 2025 et la plupart des exigences additionnelles FSSC.

Pourquoi FSSC 22000 plutôt qu’un autre référentiel ?

Parce que c’est le référentiel que les clients acceptent et qui convient à la structure du site. FSSC 22000 figure parmi les programmes reconnus par la GFSI, tout comme BRCGS et IFS. Le choix ne se fait donc pas sur la reconnaissance, mais sur trois critères concrets.

Critère

Question à poser

Réponse dans ce cas

Acceptation client

Chaque client accepte-t-il FSSC 22000, par écrit ?

Oui, confirmé par les principaux clients

Structure du système

Le site veut-il un système de management ISO réutilisable (qualité, environnement) ?

Oui, la direction prévoit ensuite d’autres certifications ISO

Périmètre

Jus frais, jus stables à température ambiante, ou les deux ?

Les deux, sur deux lignes d’un même bâtiment

Le dernier critère est souvent mal traité. Selon le tableau 1 du référentiel FSSC 22000 v7 et la description des catégories qui le suit, la transformation de produits végétaux périssables, jus frais compris, relève de la sous-catégorie CII. La production de denrées stables à température ambiante, boissons comprises, relève de la sous-catégorie CIV, dont une subdivision vise les produits traités par la chaleur ou la pression : pasteurisation, stérilisation commerciale, haute pression. Les deux appliquent ISO 22002-100:2025 et ISO 22002-1:2025, mais le périmètre du certificat et la qualification des auditeurs diffèrent. Il faut décrire précisément les deux lignes dès le diagnostic.

Quels écarts le diagnostic fait-il apparaître ?

Le diagnostic fait apparaître des écarts récurrents dans ce type de site. Ils concernent moins le HACCP que le système autour : laboratoires, environnement de production, fournisseurs, culture.

Exigence

Situation constatée

Action retenue

2.5.1 Laboratoire compétent

Analyses de résidus confiées au laboratoire le moins cher, sans preuve de compétence

Sélection sur preuves : accréditation ISO/IEC 17025, essais interlaboratoires

2.5.1 Spécifications

Spécifications matières premières non revues depuis la création

Processus de revue annuelle, fondé sur les exigences légales et clients

2.5.7 Surveillance environnementale

Prélèvements ponctuels, sans zonage ni analyse de tendance

Programme fondé sur le risque, zonage, plan d’échantillonnage, revue annuelle

2.5.8 Culture

Aucun objectif, aucune mesure

Objectifs fixés par la direction, plan avec cibles et délais, enquête auprès du personnel

2.5.11 Corps étrangers

Tamis et filtres en place, mais aucune analyse de risque ni procédure d’utilisation ; bris de verre gérés au cas par cas

Analyse de risque par ligne (tamis, filtres, détection), procédure de gestion des équipements et des bris

2.5.12 Vérification des PRP

Tournées d’hygiène non enregistrées

Inspections mensuelles tracées, fréquence fondée sur le risque

2.5.16 Pertes et gaspillage

Pulpes et écorces cédées à des éleveurs sans maîtrise

Politique, objectifs mesurables, circuit dédié pour les sous-produits destinés à l’alimentation animale

2.5.17 Communication

Personne ne sait qu’il faut prévenir l’organisme sous 3 jours ouvrables en cas de rappel

Intégration dans la procédure de gestion de crise

Deux autres chantiers occupent une large part du projet. Le premier est la maîtrise des producteurs. Le site achète à de nombreux agriculteurs de la région ; ISO 22000:2018 impose de maîtriser les produits achetés, et l’exigence 2.5.1 demande des spécifications revues régulièrement, fondées sur les exigences légales et clients. Le site met donc en place une évaluation des producteurs, un plan d’analyses de résidus fondé sur le risque et des règles claires d’acceptation ou de refus des lots à réception, y compris pour les fruits abîmés ou moisis, à écarter avant l’extraction.

Le second est l’étiquetage. L’exigence 2.5.2 impose que le produit fini respecte la réglementation du pays de vente, allergènes et exigences clients compris. Pour un client européen, l’étiquette suit donc les règles du marché de destination, et toute allégation, sur l’origine ou le mode de production par exemple, doit être prouvée par la traçabilité et le bilan matière.

Un point mérite une attention particulière pour l’export : les alertes européennes. La Commission européenne publie les notifications du système d’alerte rapide RASFF. Une veille régulière sur les produits et les dangers de votre filière alimente l’analyse des dangers, la revue du programme de surveillance environnementale et l’évaluation des fournisseurs.

Comment organiser le projet autour de la campagne ?

On l’organise en deux temps : les travaux et la documentation pendant l’intersaison, la mise en œuvre et les preuves pendant la campagne. Un projet qui ignore la saisonnalité échoue, faute de temps ou faute de preuves.

Le calendrier FSSC impose son propre cadre. Les audits selon la v6 ne sont possibles que jusqu’au 30 avril 2027. Un audit initial dont l’étape 2 a lieu à partir du 1er mai 2027 se fait en Version 7. Ce site, qui lance son projet fin 2026, construit donc directement son système en v7.

L’ordre retenu :

  1. Intersaison. Diagnostic, cartographie, travaux (séparation de la zone de remplissage, sols, siphons), rédaction des PRP selon ISO 22002-100:2025 et ISO 22002-1:2025.
  2. Avant la campagne. Formation de l’équipe HACCP, des chefs d’équipe et des auditeurs internes ; préparation de la formation des saisonniers en arabe et en darija.
  3. Pendant la campagne. Mise en œuvre, enregistrements de pasteurisation et de remplissage, premiers résultats de surveillance environnementale, audit interne complet, revue de direction.
  4. Audit à blanc, puis étapes 1 et 2 de l’audit de certification, l’étape 2 étant programmée pendant une période de production.

Le référentiel FSSC 22000 v7 encadre ce choix (partie 3, § 5.1). L’organisme de certification doit avoir un processus pour fixer le moment de l’audit en tenant compte des activités saisonnières, afin d’auditer le site en fonctionnement sur un nombre représentatif de lignes et d’activités du périmètre. Le site, lui, signale à temps ses arrêts et congés locaux. Et l’intervalle entre les étapes 1 et 2 ne doit pas dépasser six mois, faute de quoi l’étape 1 est refaite : une étape 1 menée trop tôt avant la campagne peut donc être perdue.

Le budget de ce type de projet est détaillé dans notre article coût et durée d’une certification FSSC 22000 au Maroc.

Quels enseignements pour les autres exportateurs ?

Le principal enseignement : la certification se gagne sur le terrain et dans la durée, pas dans le manuel. Les exportateurs de la région de Meknès, laiteries ou transformateurs de fruits, retrouvent les mêmes points, avec des dangers propres à leur produit.

Les points de contrôle à retenir :

Pour le parcours complet, voir notre guide de l’accompagnement FSSC 22000 au Maroc. Pour les sites déjà certifiés, le plan de transition v6 vers v7 détaille la mise à niveau.