Qu’attend un GIAC d’une analyse des besoins de formation ?

Qu’elle parte d’un projet de développement réel et qu’elle débouche sur des recommandations précises pour mettre à niveau les compétences. Le GIAC ne finance pas un inventaire de souhaits : il finance une étude qui se traduit en formations.

La convention-type annexée au manuel des GIAC de mars 2003 fixe le contenu de la demande et les critères d’évaluation. La demande de l’entreprise comprend une fiche de renseignements selon le modèle du GIAC, la preuve du paiement de la TFP et un document qui décrit le projet de développement (marché d’exportation, investissement technologique, mise aux normes), les objectifs et résultats attendus, la proposition d’intervention du prestataire et son coût prévisionnel (art. 12). Le GIAC évalue ensuite trois éléments (art. 13) : l’éligibilité, la capacité de l’étude à formuler les recommandations nécessaires pour accompagner la mise à niveau des compétences de l’entreprise, et la disponibilité du financement.

L’étude a deux lecteurs, dans cet ordre. Le GIAC d’abord, qui reçoit à l’issue de l’intervention le rapport final établi par le cabinet et une présentation sommaire des actions qui seront mises en œuvre (art. 17). L’Unité de gestion des CSF ensuite, qui exige, pour chaque action planifiée, le rapport de l’action d’ingénierie, l’attestation d’approbation de l’ingénierie par le GIAC et le plan au format de ses fiches (manuel CSF, P 2.1). Une analyse des besoins bien conduite sert les deux sans réécriture.

Comment cadrer l’étude avant de déposer la demande ?

En écrivant, sur une page, ce que l’entreprise veut devenir, qui est concerné et quand le plan doit être prêt. Ce cadrage nourrit la demande au GIAC et la proposition du prestataire.

Rubrique du cadrage

Ce qu’elle contient

Exemple

Projet de développement

L’objectif à moyen terme qui crée le besoin

Lancer une gamme destinée à l’export et obtenir la certification exigée par les clients

Périmètre

Sites, services, populations, effectifs

Un site, production et logistique, encadrement compris

Données disponibles

Ce qui existe déjà et peut être exploité

Organigramme, fiches de poste, rapports d’audit, non-conformités, accidents, entretiens annuels, bilan du plan précédent

Gouvernance

Le sponsor de la direction et le correspondant du GIAC

Directeur général sponsor ; DRH correspondant, comme le prévoit le contrat-type (art. XII)

Calendrier

La date à laquelle l’ingénierie doit être approuvée

Avant le dépôt du dossier technique CSF, au plus tard le 30 juin

Prestataire

Moyens, durée, coût hors taxes, indépendance

Cabinet sans lien organique ou familial avec l’entreprise (convention-type, art. 9)

Prenons un fabricant de produits d’hygiène de la région de Berrechid qui lance une gamme pour l’export. Son cadrage tient en quelques lignes : nouvelle ligne de conditionnement, exigences d’un référentiel client, recrutement d’opérateurs, deux chefs d’équipe promus. C’est assez pour que le GIAC comprenne le besoin et que le cabinet chiffre son intervention.

Une règle de calendrier domine les autres : l’étude ne commence qu’après l’avis favorable du comité consultatif des engagements et la signature du contrat, au plus tard quinze jours après cet avis. Le contrat-type demande d’informer le GIAC de la date de début de l’étude 24 heures à l’avance (art. VI), et le GIAC peut visiter l’entreprise pendant l’étude pour vérifier les informations fournies (art. V).

Quelle méthode suivre, étape par étape ?

Huit étapes, de la stratégie au plan validé. Chacune laisse une trace écrite : c’est ce qui rend l’étude vérifiable par le GIAC et défendable en cas de contrôle.

Étape

Méthode

Trace à conserver

1. Traduire la stratégie en exigences

Partir du diagnostic stratégique s’il existe, sinon d’un entretien avec la direction

Note des orientations et des échéances

2. Cartographier les postes

Métiers, postes, effectifs, postes critiques

Cartographie des postes

3. Fixer les compétences requises

Par poste, avec leur origine : réglementaire, client ou référentiel, performance

Référentiel de compétences par poste

4. Mesurer les écarts

Entretiens managers, tests ou observation au poste, audits, non-conformités, accidents

Matrice des compétences et des écarts

5. Qualifier chaque écart

Formation, ou autre levier : procédure, équipement, organisation, recrutement

Liste des besoins retenus et écartés, avec le motif

6. Prioriser

Grille commune, arbitrée par la direction

Grille de priorisation signée

7. Construire les actions

Objectif, population, effectif, durée, modalité, période, domaine de formation

Fiches action prêtes pour le plan

8. Restituer et valider

Restitution à la direction, puis remise au GIAC

Rapport final et plan validé

Trois étapes font la différence en pratique.

Mesurer, pas seulement recueillir. Une demande de formation exprimée par un manager est une hypothèse. Elle devient un écart quand une preuve l’étaye : un test de positionnement, une observation au poste, une non-conformité récurrente, un résultat d’audit, un presque-accident. La loi n° 60-17 range d’ailleurs la définition des besoins des salariés, le cas échéant sur la base d’un bilan de compétences, parmi les opérations assimilées à la formation continue (art. 7 et 10).

Écarter ce qui n’est pas un besoin de formation. Un défaut causé par un réglage instable, une procédure absente ou un poste mal équipé ne se corrige pas en salle. Le rapport le dit, et renvoie ce point au plan d’action de l’entreprise. C’est ce tri qui donne du crédit aux recommandations que le GIAC évalue.

Écrire les actions au format de l’OFPPT. Chaque action du plan devient une fiche d’identification (formulaire F2) dans le dossier technique CSF, avec son domaine de formation choisi dans la liste publiée par l’OFPPT, et chaque organisme une fiche (formulaire F3). Le domaine compte : le coût retenu, base du remboursement CSF, est arrêté selon la nomenclature des coûts par domaine de formation (manuel CSF, glossaire). Les quatre critères de priorisation que nous appliquons (obligation, échéance, risque, performance) sont présentés sur notre page ingénierie et financement CSF / OFPPT.

Quels livrables remettre au GIAC, puis à l’Unité de gestion des CSF ?

Un rapport, une présentation des actions, les justificatifs de paiement au GIAC ; un plan au format des fiches, avec les attestations d’approbation, à l’Unité de gestion des CSF.

Livrable

Contenu minimal

Destinataire

Exigence

Rapport final de l’étude

Contexte, projet de développement, méthode, constats par poste, recommandations

GIAC

Contrat-type, art. VIII ; convention-type, art. 17

Présentation sommaire des actions

Plan de formation et, le cas échéant, autres actions : investissements, organisation

GIAC

Convention-type, art. 17

Justificatifs de paiement

Pièces comptables de l’intervention, paiement intégral au prestataire

GIAC

Convention-type, art. 17

Plan de formation

Fiche récapitulative (modèle 1), fiches action (F2), fiches organisme (F3)

Unité de gestion des CSF

Manuel CSF, P 2.1

Pièces de l’ingénierie

Rapport de l’action d’ingénierie, attestation d’approbation par le GIAC et, s’il existe, du diagnostic stratégique

Unité de gestion des CSF

Manuel CSF, P 2.1

Gardez aussi, pour vous, les pièces intermédiaires : cartographie, matrice des compétences, grille de priorisation. Elles servent à l’évaluation des actions, au bilan annuel et aux auditeurs de systèmes de management, qui demandent comment l’entreprise détermine et prouve les compétences nécessaires. Confirmez avec le GIAC compétent le modèle de rapport attendu et le délai de délivrance de l’attestation d’approbation.

Quelles erreurs font perdre la validation ou le taux planifié ?

Presque toutes tiennent à l’ordre des opérations ou à la qualité de la preuve. Elles se repèrent avant le dépôt.

  • Démarrer avant le contrat. Selon la convention-type, l’exécution du financement est subordonnée à la conclusion d’un contrat entre le GIAC et l’entreprise (art. 16), signé après l’avis favorable du comité consultatif des engagements. Une étude engagée avant ce contrat prend le risque de rester sans financement.
  • Choisir un prestataire lié à l’entreprise. La convention-type exige un prestataire sans lien organique ou familial avec elle (art. 9).
  • Livrer un rapport générique. Un catalogue recopié, sans constats par poste ni recommandations, ne répond pas au critère d’évaluation du GIAC (art. 13).
  • Laisser des besoins sans preuve. Une action que rien ne rattache à un écart mesuré fragilise tout le plan.
  • Faire approuver trop tard. Un plan issu d’une ingénierie non validée par le GIAC est traité comme un ensemble d’actions non planifiées (manuel CSF), au taux de référence de 40 % au lieu de 70 %.
  • Désaccorder le rapport et les fiches. Effectifs, durées ou domaines différents entre le rapport et les fiches F2 appellent des questions à l’instruction.
  • Concentrer le plan sans le justifier. Le manuel CSF range parmi les actions à contrôler en priorité celles d’un plan réalisé à plus de 30 % par un seul organisme (point 7.3).

La dernière erreur se commet après l’étude : ne pas mettre le plan en œuvre. La convention-type subordonne un nouveau financement GIAC à la mise en œuvre du plan précédent (art. 10).

Quelle checklist suivre avant de soumettre l’étude ?

Douze contrôles, à faire par une seconde personne avant la remise au GIAC.

Le cadre complet, de l’adhésion au GIAC jusqu’au dossier technique CSF, est décrit dans notre guide GIAC et ingénierie de formation. Pour voir la méthode appliquée de bout en bout, lisez notre cas type d’une PME industrielle. Le dossier CSF qui prend le relais est détaillé dans dossier CSF pas à pas.