Qu’est-ce qui a changé dans le reporting ESG européen depuis 2025 ?

Le champ s’est resserré, les normes se sont allégées et les demandes adressées aux fournisseurs ont reçu un plafond. Onze dates résument ce cadre, que la Commission européenne synthétise dans son document de travail SWD(2026) 500 du 3 juillet 2026.

Date

Texte ou décision

Ce que cela change

Avril 2025

Directive « stop-the-clock », directive (UE) 2025/794

Report des premiers rapports des entreprises des vagues 2 et 3

11 juillet 2025

Acte délégué dit « quick fix »

Les entreprises de la vague 1 n’ajoutent pas d’informations pour 2025 et 2026 par rapport à 2024

30 juillet 2025

Recommandation (UE) 2025/1710 sur le VSME

Un standard volontaire pour les PME, base des demandes de chaîne de valeur

3 décembre 2025

Avis technique de l’EFRAG sur les ESRS simplifiées

61 % de points de données exigés en moins, informations volontaires supprimées

9 décembre 2025

Accord politique sur le paquet Omnibus I

Ouvre la voie à l’adoption de la directive

24 février 2026

Directive (UE) 2026/470, dite Omnibus I

CSRD limitée aux entreprises de plus de 1 000 salariés et de plus de 450 millions d’euros de chiffre d’affaires net

18 mars 2026

Entrée en vigueur d’Omnibus I

Environ 85 % des entreprises initialement visées sortent du champ, selon la Commission

3 juillet 2026

Deux actes délégués de la Commission

ESRS simplifiées et standard d’usage volontaire pour les entreprises protégées par le plafond

28 septembre 2026

Lancement par la GRI d’une norme sectorielle alimentation et boissons

Un futur référentiel sectoriel pour les industriels agroalimentaires

1er janvier 2027

Début des exercices soumis aux ESRS révisées et au plafond de chaîne de valeur

Champ réduit de la CSRD, ESRS révisées obligatoires, plafond applicable

19 mars 2027

Date limite de transposition d’Omnibus I par les États membres

Lois nationales alignées sur le nouveau champ

Selon le règlement délégué C(2026) 5010, les ESRS révisées s’appliquent aux exercices ouverts à compter du 1er janvier 2027 ; pour l’exercice 2026, les entreprises peuvent déjà les appliquer, ou garder l’ancienne version avec certains allègements, en indiquant leur choix. Environ 6 753 entreprises restent dans le champ, dont 5 218 de la vague 2, qui publieront pour la première fois selon les ESRS révisées. Selon la directive (UE) 2026/470, leur premier rapport porte sur les exercices ouverts à partir du 1er janvier 2027 ; il sera donc publié en 2028.

Que changent les ESRS simplifiées ?

Moins de données, une matérialité plus claire et plus de place pour les estimations. Selon l’EFRAG, son avis technique réduit de 61 % les points de données exigés s’ils sont matériels et supprime toutes les informations volontaires ; la Commission y a ensuite apporté des modifications ciblées.

Les principaux changements décrits par la Commission :

  • matérialité : l’entreprise ne publie pas d’information non matérielle, sauf cas définis, et une approche « descendante » lui évite d’évaluer chaque impact, risque ou opportunité un par un ;
  • effets financiers attendus : les estimations peuvent être mises à jour sans constituer une erreur, avec une année supplémentaire d’application progressive ;
  • gaz à effet de serre : le périmètre peut suivre l’approche du contrôle financier ou du contrôle opérationnel, comme dans les normes internationales.

Pour un fournisseur marocain, le point le plus utile figure dans l’avis de l’EFRAG : plus de souplesse dans l’usage d’estimations pour la chaîne de valeur, et la fin de la préférence pour les données collectées directement auprès des partenaires. L’assurance ne change pas de niveau : selon la Commission, les économies ne viennent pas d’un abaissement de l’exigence d’assurance limitée.

Le VSME devient-il la référence des PME et des fournisseurs ?

Oui, de fait. La Commission a recommandé le VSME le 30 juillet 2025, puis adopté le 3 juillet 2026 un standard d’usage volontaire « fondé sur » lui, qui en garde le module de base et le module complet sans ajouter de données.

Ce standard sert de plafond. Pour les besoins de leur reporting CSRD, les entreprises soumises à la directive ne peuvent exiger de leurs partenaires de 1 000 salariés au plus que les informations listées à l’annexe II, avec une liste plus courte pour les entreprises de 10 salariés au plus. Le critère est le seul effectif, et le plafond ne vise que la collecte faite pour le reporting de durabilité, pas les demandes nécessaires au respect d’autres obligations légales. La directive (UE) 2026/470 ne pose aucune condition de lieu d’établissement : un fournisseur marocain de 1 000 salariés au plus est protégé comme un fournisseur européen.

Le calendrier est fixé par le règlement délégué C(2026) 5011 : le plafond s’applique aux exercices ouverts à compter du 1er janvier 2027 ; le standard peut être utilisé volontairement dès l’entrée en vigueur du règlement, le troisième jour suivant sa publication au Journal officiel, date à partir de laquelle la recommandation 2025/1710 ne produit plus d’effets juridiques. Publié au Journal officiel le 21 septembre 2026 sous le numéro (UE) 2026/1560, il est entré en vigueur le 24 septembre 2026 ; les ESRS révisées, règlement délégué (UE) 2026/1563 publié le même jour, entrent en vigueur le 10 novembre 2026. Les entreprises qui appliquent ce standard ne sont pas tenues de faire vérifier leurs informations.

Les banques sont aussi concernées : le règlement les encourage à limiter autant que possible les demandes adressées aux entreprises de 1 000 salariés au plus aux informations de ce standard, et des institutions financières indiquent que l’absence d’informations de durabilité peut peser dans une décision de crédit. Le contenu du rapport est détaillé dans notre guide du reporting ESG au Maroc.

Qu’est-ce qui bouge au Maroc ?

L’AMMC mesure la qualité des rapports ESG des émetteurs et prépare leur évolution vers les standards internationaux. Le cadre en vigueur reste l’annexe III.2.M de la circulaire n° 03/19.

Son rapport annuel 2024 présente un bilan des pratiques sur 2021-2023, établi avec un outil de 55 critères. L’examen des 92 rapports ESG publiés en 2024 fait ressortir :

  • une analyse de matérialité publiée par 55 % des émetteurs, contre 19 % au titre de l’exercice 2019 ; deux émetteurs ont réalisé une analyse de double matérialité ;
  • un bilan carbone couvrant tous les postes significatifs des scopes 1, 2 et 3 chez 21 % des émetteurs, contre 14 % en 2022 ;
  • une information sur la vérification par un tiers indépendant chez 26 % des émetteurs, et seulement deux rapports audités avec attestation jointe ;
  • 21 % des émetteurs conformes au critère « appliquer ou expliquer » ; 18 émetteurs publient une table de correspondance avec l’annexe III.2.M et d’autres référentiels.

Ses priorités d’actions 2026 inscrivent l’AMMC dans la Stratégie nationale finance climat 2030, élaborée avec le ministère de l’Économie et des Finances, Bank Al-Maghrib et l’ACAPS : mise en place d’une taxonomie verte, évolution du reporting ESG vers les standards internationaux et guide destiné aux commissaires aux comptes sur la revue des fonds levés par des émissions durables. L’AMMC a rejoint en décembre 2024 un réseau consacré à l’adoption des normes ISSB dans les marchés émergents. Au 6 novembre 2026, la page des circulaires de l’AMMC ne compte aucun texte postérieur à 2023 : aucun nouveau texte n’a donc modifié l’annexe III.2.M ni fixé de calendrier d’adoption de standards internationaux. C’est cette page qu’un émetteur doit surveiller.

Côté entreprises, la CGEM a publié les règles d’attribution 2026 de son label RSE et célébré les 20 ans de sa charte : voir notre article sur la RSE au Maroc en 2026-2027.

Que faire d’ici 2027 ?

Construire un rapport sur le module de base du VSME, le relier aux preuves et s’en servir pour toutes les demandes : les textes sont assez stables pour investir une fois.

La méthode pas à pas figure dans notre article sur le premier rapport ESG d’une PME.