Quelle était la situation de départ de l’entrepôt ?
Un entrepôt bien équipé, sans certification, sommé par deux clients de choisir deux référentiels différents. Ce cas est un cas type : il réunit des situations que nos équipes rencontrent dans les entrepôts frigorifiques marocains, sans décrire un client.
L’entreprise exploite un entrepôt frigorifique dans la zone logistique de Tanger Med : des chambres négatives, des chambres positives, un quai de chargement de conteneurs frigorifiques pour l’Europe et une salle de décongélation à façon. En campagne, elle loue à une autre adresse une plateforme de débord où les palettes transitent sans être stockées. Le transport est confié à deux transporteurs réguliers et, aux pointes, à des transporteurs occasionnels. Les effectifs doublent avec les intérimaires pendant la saison des fruits rouges.
Client | Sa propre certification | Exigence écrite | Échéance |
|---|---|---|---|
Un industriel de fruits rouges surgelés qui vend à des distributeurs britanniques | BRCGS Food Safety Issue 9 | BRCGS Storage and Distribution Issue 4, avec le module cross-docking pour la plateforme de débord | Avant sa prochaine campagne |
Un exportateur de produits de la mer congelés qui vend en Allemagne et en France | IFS Food version 8 | IFS Logistics version 3 | Avant le renouvellement de son contrat |
Un distributeur marocain de produits laitiers | Aucune | Tout certificat logistique reconnu par la GFSI | Sans date |
Comment la direction a-t-elle comparé les deux référentiels ?
En appliquant les mêmes critères aux deux, sur ses propres activités. Les deux référentiels certifient le stockage sous froid et le transport, et figurent sur la page de la GFSI pour le périmètre G. Leurs différences ont été lues dans les textes officiels.
Critère | BRCGS Storage and Distribution Issue 4 | IFS Logistics version 3 | Effet pour cet entrepôt |
|---|---|---|---|
Décongélation à façon | Section 17, selon les spécifications du propriétaire | Service logistique de transformation admis (congélation, décongélation) | Couverte par les deux |
Plateforme de débord | Module cross-docking : rapport séparé, non-conformités hors grade du site principal | Structure décentralisée appartenant à la société, à auditer dans le périmètre | Une plateforme louée doit être qualifiée avec l’organisme dans les deux cas |
Résultat | Grade de AA à D, « + » si l’audit était non annoncé | Note en pourcentage, niveau de base dès 75 %, niveau supérieur dès 95 % ; six exigences KO | Deux logiques de pilotage différentes |
Audit non annoncé | Au moins un tous les trois ans ; fenêtre des quatre derniers mois du cycle | Au moins un audit sur trois ; fenêtre de 16 semaines avant à 2 semaines après la date anniversaire ; statut IFS Star | Exigeant dans les deux cas pour un site en continu |
Durée d’audit | Calculateur officiel BRCGS | Une journée minimum, allongée selon les unités de stockage et de transport, les prestataires et l’effectif, intérimaires compris | À comparer sur devis |
Langue | Liste d’autoévaluation SD401 en anglais seulement | Texte officiel de la version 3 en français ; aucun interprète admis si la langue du site est le français (doctrine d’avril 2026) | Traduction de travail à prévoir côté BRCGS |
Liste GFSI (novembre 2026) | Issue 4 listée ; en benchmarking selon la version 2024 | Version 2.3 listée ; version 3 en benchmarking | À faire confirmer par chaque client |
La décision a suivi une règle simple : le référentiel exigé par écrit par le client dont l’échéance est la plus proche. Le premier client avait une date et demandait aussi le module cross-docking. La direction a donc retenu BRCGS Storage and Distribution Issue 4 en premier, et planifié IFS Logistics version 3 sur le même système. Le distributeur marocain a confirmé par écrit qu’il acceptait l’un ou l’autre.
Avec une autre offre, la même grille aurait donné une autre réponse. Un entrepôt qui propose du mûrissage ou du tri simple de fruits et légumes trouve ces services nommément admis par IFS Logistics ; dans ce cas, et à échéances égales, IFS Logistics aurait pesé davantage.
Quels écarts le diagnostic a-t-il révélés ?
Des écarts de terrain, pas de documentation. Le diagnostic, conduit sur la liste d’autoévaluation de l’Issue 4 traduite pour les chefs de quai, a fait ressortir sept points.
Domaine | Situation constatée | Exigence |
|---|---|---|
Températures | Alarmes renvoyées vers le seul téléphone du gardien de nuit, sans consigne d’action ; relevés manuels absents le dimanche en salle de décongélation | Enregistrement relié à une alarme, ou contrôles manuels assez fréquents, jours non travaillés compris (17.3) |
Transport | Contrats des transporteurs réguliers jamais signés par eux ; transporteurs occasionnels commandés par téléphone | Contrat écrit signé par les deux parties : températures, séparation, sécurité, type de véhicule (3.5.2.1) |
Personnel | Intérimaires de campagne ignorant leurs responsabilités et l’emplacement des consignes | Tout le personnel, intérimaires compris, connaît ses responsabilités (1.3.2) |
Fraude | Aucune évaluation de la vulnérabilité des clients à la fraude | Plan documenté, équipe compétente (3.5.3.1) |
Sécurité | Évaluation des menaces ancienne, jamais revue après une intrusion sur le parc à conteneurs | Revue au moins annuelle et après tout incident (4.2.1) |
Matériel | Balais posés au sol, sans code couleur ; chariots circulant du parc à conteneurs aux chambres | Matériel de nettoyage identifié et rangé hors du sol (6.4.5) ; engins cantonnés à leurs zones (6.1) |
Traçabilité | Lien entre palette et numéro de conteneur absent pour les conteneurs consolidés | Traçabilité de la réception à l’expédition, testée sur une palette réelle |
Comment le projet s’est-il déroulé ?
En construisant un seul système pour deux référentiels, et en corrigeant d’abord ce que l’auditeur verrait sur le quai.
- Le périmètre écrit, validé avec l’organisme : stockage, transport, section 17 pour la décongélation, module cross-docking pour la plateforme de débord.
- La chaîne d’alerte : liste d’appel avec suppléant, consignes d’action affichées, test un jour férié, preuve datée.
- Les contrats : signés par les deux transporteurs réguliers ; une liste de transporteurs occasionnels qualifiés, avec un contrat type.
- La formation des intérimaires à l’embauche, en français et en arabe, sur leurs responsabilités et les consignes de froid.
- Les évaluations de fraude et de menaces, conduites par une équipe réunissant qualité, exploitation et sécurité.
- La traçabilité : numéro de conteneur et de scellé saisis à chaque chargement, puis test sur une palette tirée au hasard.
- L’audit à blanc, mené sans prévenir les équipes, puis l’audit initial, annoncé comme le prévoit le protocole.
Dès le départ, une table de correspondance a relié les exigences BRCGS aux exigences IFS Logistics, pour que la seconde certification réutilise les mêmes preuves.
Sujet | BRCGS Storage and Distribution Issue 4 | IFS Logistics version 3 |
|---|---|---|
Sous-traitants de stockage et de transport | Approbation et suivi des prestataires de stockage et de transport | Maîtrise des prestataires externalisés |
Fraude | Évaluation de la vulnérabilité à la fraude | Exigences relatives à la fraude |
Alarmes et enregistrement des températures | Maîtrise de la chaîne du froid, y compris pour les opérations à façon | Surveillance, alarmes et enregistrement des températures |
Traçabilité | Exigence de traçabilité du référentiel | Exigence de traçabilité, avec un test au moins tous les 12 mois |
Accords avec les clients | Revue des contrats clients | Exigence KO sur les accords avec les clients |
Le tableau décrit les exigences sans reprendre la numérotation des référentiels : la table de correspondance du site, elle, renvoie aux numéros exacts du texte en vigueur.
Quels résultats, et quelles leçons pour un autre entrepôt ?
Le certificat Storage and Distribution a été obtenu au premier audit, module cross-docking compris. Le contrat avec l’organisme prévoyait déjà l’audit non annoncé, qui interviendra dans les années suivantes, dans la fenêtre des quatre derniers mois du cycle prévue par le protocole BRCGS079.
Pour IFS Logistics, le diagnostic sur la checklist du référentiel en français a porté sur ce que BRCGS n’avait pas imposé dans les mêmes termes : les six exigences KO, dont les accords avec les clients (4.1.3) et la surveillance de chaque CCP (2.2.3.6), la notation en pourcentage et le test de traçabilité avec bilan matière.
Cinq leçons valent pour d’autres entrepôts :
- une exigence client orale ne suffit pas : demandez le référentiel, la version, le programme d’audit et l’échéance par écrit ;
- la plateforme de débord se traite dès le périmètre, pas le jour de l’audit ;
- une alarme sans réponse de nuit est un écart, même avec un enregistreur neuf ;
- les intérimaires sont audités comme le personnel permanent ;
- deux référentiels, c’est un système et deux audits : la table de correspondance se fait au départ.
Avant de choisir entre les deux référentiels, vérifiez :
Le parcours complet est dans notre guide BRCGS Storage and Distribution Issue 4, la préparation du quai dans notre article préparer un entrepôt frigorifique près de Tanger Med, et le budget dans coût et durée d’un projet BRCGS Storage and Distribution ou IFS Logistics.