Que demande exactement l’exigence 2.5.8 en Version 7 ?

Elle demande à la direction de piloter la culture comme un objectif du système, avec un plan, des moyens et des preuves. L’exigence 2.5.8 s’applique à toutes les catégories et complète l’article 5.1 d’ISO 22000:2018 sur le leadership. Dans le référentiel Version 7, elle tient en trois alinéas :

  • a) la direction établit, met en œuvre et tient à jour un ou plusieurs objectifs de culture sécurité des aliments et qualité, et fournit des ressources suffisantes pour maintenir une culture positive ; ces objectifs couvrent au minimum la communication, la formation, les retours et l’engagement des employés, et la mesure de la performance d’activités définies dans tous les services qui touchent à la sécurité et à la qualité ;
  • b) ces objectifs s’appuient sur un plan documenté, avec cibles et délais, intégré à la revue de direction et à l’amélioration continue ;
  • c) un engagement démontrable de tout le personnel en faveur de la production et de la manipulation sûres des aliments doit être disponible.

Les alinéas a) et b) existaient déjà en Version 6. Deux éléments sont nouveaux, comme le montre le document officiel des changements : les ressources suffisantes, et tout l’alinéa c).

La définition change aussi. L’appendice 1 reprend désormais celle de la GFSI de 2024 : des valeurs, croyances et normes partagées qui influencent l’état d’esprit et le comportement vis-à-vis de la sécurité des aliments. Elle précise que la direction dispose de leviers pour faire évoluer cette culture : la communication sur les politiques et les responsabilités, la formation, les retours des employés et la mesure de la performance.

Élément

Déjà exigé en Version 6

Nouveau en Version 7

Objectifs fixés par la direction

Oui

—

Quatre éléments minimaux

Oui

—

Plan documenté avec cibles et délais

Oui

—

Intégration à la revue de direction

Oui

—

Ressources suffisantes

Non

Oui (2.5.8 a)

Engagement démontrable de tout le personnel

Non

Oui (2.5.8 c)

Résumé détaillé dans le rapport d’audit

Partiel

Ressources et engagement ajoutés (annexe 2)

Que va vérifier l’auditeur, et que doit-il écrire ?

Il doit écrire un résumé précis, et c’est ce résumé qui guide sa collecte de preuves. L’annexe 2 de la Version 7, qui fixe le contenu des rapports, lui demande pour l’exigence 2.5.8 :

  1. une vue d’ensemble de la manière dont les objectifs couvrent la communication, la formation, les retours et l’engagement des employés, et la mesure de la performance, dans tous les services concernés ;
  2. la confirmation que des ressources suffisantes ont été fournies ;
  3. la référence du plan de culture, avec ses cibles et ses délais ;
  4. la confirmation que la culture a été traitée en revue de direction ;
  5. la confirmation qu’une preuve de l’engagement de tout le personnel est disponible.

Une non-conformité est rattachée à l’alinéa le plus précis, par exemple 2.5.8 a). Ailleurs dans le rapport, le résumé de l’article 5 d’ISO 22000:2018 doit décrire comment la politique est mise à la disposition de chaque salarié, « en lien avec la culture », et confirmer qu’un entretien a eu lieu avec la direction, en nommant les personnes interrogées.

Pour la méthode, le guide de la Fondation FSSC sur la culture, publié en juillet 2023 pour la Version 6, décrit ce que l’auditeur regarde :

  • Communication : la direction sait-elle expliquer ses attentes et comment elles pèsent sur ses décisions ? Les messages sont-ils dans une langue que comprennent les opérateurs ?
  • Formation : programme, matrice, tests écrits, évaluation des opérateurs des CCP et des PRPo ; l’auditeur interroge n’importe quel opérateur, pas seulement les chefs d’équipe.
  • Retours des employés : quand un salarié a-t-il signalé un problème pour la dernière fois, et qu’en a-t-on fait ? Existe-t-il un canal confidentiel ? Les opérateurs participent-ils à l’écriture des instructions ?
  • Mesure de la performance : objectifs par service, tableau de bord, enquête périodique, tendances des réclamations, gestion des presque-incidents, écarts plus nombreux en période de pointe.

Au 6 novembre 2026, la page de la Fondation FSSC consacrée aux exigences additionnelles de la Version 7 renvoie, pour les guides d’application, à ceux publiés pour la Version 6 : ce guide reste donc la référence de méthode, à lire avec l’exigence 2.5.8 de la Version 7.

Comment mesurer la culture sur un site marocain ?

En croisant quatre sources, aucune ne suffisant seule : une enquête anonyme, des entretiens, des observations sur le terrain et les indicateurs que vous suivez déjà. Le référentiel n’impose aucun outil. La GFSI, dans la version 2.0 de son document de position publiée en 2026, décrit cinq dimensions : valeurs, vision et mission ; personnes ; conscience des dangers et des risques ; constance ; adaptabilité et amélioration continue. Elle laisse le choix des méthodes aux entreprises.

Élément 2.5.8

Ce que l’on mesure

Exemples d’indicateurs

Preuve à montrer

Communication

Compréhension des attentes, poste par poste

Part des opérateurs capables d’expliquer le danger de leur poste

Résultats d’entretiens, supports en arabe et en français

Formation

Compétence réelle, pas seulement présence

Réalisation du plan de formation, résultats des tests d’acquis

Émargements, tests corrigés, évaluations au poste

Retours et engagement

Liberté de signaler, suite donnée

Nombre de signalements, délai de réponse, suggestions retenues

Registre des signalements, comptes rendus de réunions

Mesure de la performance

Résultats sécurité et qualité par service

Réclamations, non-conformités internes, presque-incidents, écarts en pic

Tableau de bord, analyse des tendances, revue de direction

Trois précautions comptent dans une usine marocaine.

La langue. Un questionnaire en français seul mesure la maîtrise du français, pas la culture. Prévoyez l’arabe, et une passation orale pour les opérateurs qui lisent peu.

La saison. Dans une station de conditionnement du Souss ou une conserverie en pleine campagne, une partie de l’effectif est saisonnière. Une enquête menée en basse saison décrit un autre site. Mesurez aussi pendant le pic, car l’audit inopiné peut tomber à ce moment-là.

L’anonymat. Sans garantie d’anonymat, un opérateur ne dira pas que la cadence passe avant le nettoyage. Confiez le dépouillement à une personne extérieure à la hiérarchie directe.

Le guide FSSC renvoie aussi au PAS 320:2023 de la BSI, un guide sur le développement d’une culture mature, pour situer le niveau de maturité et bâtir un plan de changement.

Comment construire le plan de culture en six étapes ?

En partant de la mesure, pas d’une liste d’affiches. Chaque étape laisse une trace que l’auditeur pourra lire.

Étape

Contenu

Responsable

Trace pour l’audit

1. Mesurer

Enquête, entretiens, observations, indicateurs

Équipe sécurité des aliments

Rapport de diagnostic daté

2. Fixer les objectifs

Deux à quatre objectifs reliés aux quatre éléments

Direction générale

Objectifs signés, intégrés aux objectifs du système

3. Planifier

Actions, responsables, cibles chiffrées, délais

Direction et chefs de service

Plan de culture documenté

4. Allouer les ressources

Budget, temps de formation, personnes, outils

Direction générale

Budget validé, temps planifié

5. Mettre en œuvre

Actions, communication, recueil de l’engagement

Chefs de service

Enregistrements, preuves d’engagement

6. Revoir

Résultats, écarts aux cibles, nouvelles actions

Direction générale

Compte rendu de revue de direction

L’étape 4 est la nouveauté de la Version 7 à ne pas négliger. Un plan sans budget ni temps de formation ne prouve pas que des ressources « suffisantes » ont été fournies. Inscrivez-les dans le budget annuel et dans le planning de production. Pour la place du plan dans l’ensemble de la mise à niveau, voyez notre plan de transition FSSC 22000 v6 vers v7.

Comment démontrer l’engagement de tout le personnel ?

En combinant un engagement formel et des preuves de comportement. Le référentiel exige qu’un engagement démontrable « de tout le personnel » soit disponible, sans en fixer la forme. Une seule pièce ne suffira pas, car l’auditeur vérifiera sur le terrain ce que le papier affirme.

Une combinaison solide :

  • un engagement écrit, expliqué et signé à l’accueil de chaque nouveau salarié, saisonniers et intérimaires compris, puis rappelé lors des recyclages ;
  • un test court qui montre que la personne a compris ce qu’elle s’engage à faire à son poste ;
  • des observations régulières des comportements clés : lavage des mains à l’entrée, tenue, gestion d’une dérive ;
  • des signalements réels, traités et suivis, qui prouvent que la parole circule.

Un exemple : dans une conserverie de Safi, l’engagement signé à l’embauche ne prouve rien si l’opératrice de la sertisseuse ne sait pas quoi faire quand un contrôle de serti est hors tolérance. C’est cette réponse que l’auditeur cherche.

Quelles erreurs font tomber l’exigence 2.5.8 en audit ?

Les mêmes reviennent souvent : un plan rédigé par la qualité seule, une mesure faite une fois puis oubliée, des cibles sans chiffres, aucune ressource identifiée, une revue de direction qui ne parle pas de culture. Avant l’audit, vérifiez cette liste.

Les autres nouveautés du référentiel sont réunies dans notre guide des nouveautés FSSC 22000 version 7. Pour une approche commune à BRCGS, IFS et FSSC 22000, voyez aussi notre page programmes sécurité des aliments.