Quel est le point de départ de cette laiterie ?

Une PME en règle avec l’ONSSA, des clients locaux exigeants, et une direction qui voulait un certificat utile plus tard. Ce cas type est composite : il assemble des situations rencontrées sur le terrain, sans décrire une entreprise réelle. Les noms, les volumes et les dates sont volontairement absents.

L’entreprise collecte du lait auprès de centres de collecte et d’éleveurs de sa région, le pasteurise et fabrique du lait conditionné, des yaourts, du lben et du beurre. Elle est en règle avec l’ONSSA, agréée ou autorisée sur le plan sanitaire selon le régime de chacune de ses activités, et dispose d’un plan HACCP, rédigé pour le dossier sanitaire puis peu revu.

Ses clients sont alors des supermarchés marocains, des cafés et des pâtisseries, et un industriel de la pâtisserie qui achète de la crème et du beurre. C’est ce dernier qui déclenche le projet : son nouveau cahier des charges fournisseurs demande « un système de management de la sécurité des aliments certifié ISO 22000 ou équivalent ».

Pourquoi commencer par ISO 22000 plutôt que FSSC 22000 ?

Parce que c’était ce que les clients du moment acceptaient, par écrit, et que la direction voulait un système complet avant un référentiel plus lourd. Avant de choisir, elle a écrit à ses principaux clients pour leur demander les référentiels acceptés. Aucun n’exigeait alors un référentiel reconnu par la GFSI.

La décision a pourtant été prise en pensant à la suite. La page de la GFSI liste FSSC 22000, pas ISO 22000 seule : un futur acheteur international pouvait demander plus. Trois choix ont donc été faits dès le départ.

Décision prise pour ISO 22000

Pourquoi

Ce qu’elle a évité au passage à FSSC 22000

PRP construits sur ISO 22002-100:2025 et ISO 22002-1:2025

La fiche ISO présente la partie 100 comme un appui à l’article 8.2 d’ISO 22000 ; FSSC 22000 la rend obligatoire

Réécrire les PRP et refaire la table de correspondance

Un organisme accrédité pour ISO 22000 et figurant dans la liste des organismes licenciés FSSC

Un organisme licencié FSSC doit être accrédité pour ISO 22000:2018 selon ISO/IEC 17021-1 et ISO 22003-1:2022

Changer d’organisme et reprendre la relation à zéro

Une question écrite à chaque client sur l’accréditation acceptée

L’accréditation portée par le certificat compte autant que la norme

Un certificat refusé pour une raison d’accréditation

Le projet ISO 22000 a suivi le parcours classique décrit dans notre guide de la certification ISO 22000 au Maroc. L’essentiel du travail a porté sur l’analyse des dangers. Le plan d’origine classait presque chaque étape en CCP. Après l’analyse, l’équipe a retenu la pasteurisation comme CCP, avec un barème validé, et classé en PRPo plusieurs mesures, dont le contrôle du lait à réception, la maîtrise du froid et le nettoyage en place avant les changements de production, chacune justifiée par écrit. La méthode est détaillée dans notre mode d’emploi plan HACCP et PRP d’un système ISO 22000.

Que s’est-il passé quand l’acheteur GFSI est arrivé ?

Un groupe agroalimentaire international implanté au Maroc a voulu référencer la laiterie comme fournisseur de produits laitiers. Sa politique d’achat exige une certification reconnue par la GFSI, avec un délai écrit pour l’obtenir. Le certificat ISO 22000, valide, ne remplissait pas cette condition.

La direction a d’abord posé la même question qu’au départ : quels référentiels, quelle version ? Réponse : BRCGS, IFS ou FSSC 22000. La laiterie a retenu FSSC 22000, qui reprend ISO 22000:2018 tel quel.

La version allait de soi. Selon le document de mise à niveau de la Fondation FSSC, les audits selon la version 6 ne sont possibles que jusqu’au 30 avril 2027 : tout le projet a visé la Version 7. La laiterie relève de la catégorie C, transformation alimentaire, avec ISO 22002-100:2025 et ISO 22002-1:2025 comme PRP obligatoires.

Restait le type d’audit. Le transfert prévu par le référentiel (partie 3, § 5.6) ne vise que des certificats FSSC 22000 existants ; pour un site certifié ISO 22000, le référentiel prévoit un audit de transition (partie 3, § 5.8). Il ouvre un nouveau cycle de certification, répond aux objectifs d’une étape 2 et dure au moins les deux tiers de la durée d’audit de base calculée selon ISO 22003-1:2022, plus le temps additionnel FSSC ; l’étape 1 est laissée à l’appréciation de l’organisme. La direction a donc demandé à son organisme, par écrit, s’il prévoyait une étape 1 et le détail de la durée, calculée selon ISO 22003-1:2022 avec le temps FSSC en plus.

Quels écarts l’analyse a-t-elle fait apparaître ?

Peu sur le HACCP et les PRP, beaucoup sur les exigences additionnelles de la partie 2 du référentiel. C’est le profil le plus fréquent d’un site ISO 22000 bien tenu.

Exigence FSSC 22000 Version 7

Situation de la laiterie

Travail engagé

2.5.1 Services et achats

Analyses confiées à des laboratoires sans vérification de leur compétence

Laboratoires évalués selon les exigences applicables d’ISO/IEC 17025 pour les paramètres critiques

2.5.3 et 2.5.4 Food defense et fraude

Aucune évaluation écrite

Évaluation des menaces par zone, évaluation de vulnérabilité du lait collecté et des ingrédients

2.5.6 Allergènes

Lait déclaré, mais yaourts aux fruits à coque produits sur la même ligne sans plan écrit

Plan allergènes : liste, évaluation des contacts croisés, nettoyage validé et vérifié

2.5.7 Surveillance environnementale

Prélèvements ponctuels sans plan

Programme fondé sur le risque, zonage, analyse des tendances, revue annuelle

2.5.8 Culture sécurité des aliments et qualité

Aucun objectif de culture

Objectifs, plan avec cibles et délais, résultats en revue de direction

2.5.9 Contrôle qualité

Pas de politique qualité distincte, contrôle des quantités informel

Politique et objectifs qualité, contrôle des quantités, procédure de démarrage et de changement de série

2.5.15 Gestion des équipements

Achats sans cahier des charges hygiénique

Spécification d’achat et gestion des modifications d’équipements

2.5.16 Pertes et gaspillages

Sous-produits et invendus gérés sans politique écrite

Politique, objectifs mesurables, maîtrise des sous-produits destinés à l’alimentation animale

2.5.17 Communication

Aucune règle d’information de l’organisme

Procédure : informer l’organisme sous 3 jours ouvrables d’un événement grave

La surveillance environnementale a fixé le calendrier. Pour analyser des tendances, il faut des résultats sur plusieurs mois : le programme a donc démarré en premier, avant même la rédaction des autres procédures. Le plan de culture, lui, a demandé plus de discussions que de documents : la direction a dû choisir des objectifs qu’elle était prête à suivre en revue.

Le système a aussi dû se préparer à l’imprévu. FSSC 22000 impose au moins un audit de surveillance inopiné par cycle de trois ans. La laiterie a revu ses enregistrements pour qu’ils soient à jour chaque jour, et non la veille d’un audit annoncé.

Quels enseignements pour une PME agroalimentaire marocaine ?

ISO 22000 n’est pas une étape perdue si elle est construite pour durer. Dans ce cas type, le passage à FSSC 22000 a porté sur des exigences additionnelles, pas sur le cœur du système. Les surcoûts évités tiennent à des décisions prises dès le premier projet, dont les postes sont détaillés dans notre article sur le coût d’une certification ISO 22000 et du passage à FSSC 22000.

Si vous démarrez ISO 22000 aujourd’hui en sachant qu’un acheteur GFSI peut venir, vérifiez ces points.

Pour la suite du parcours FSSC, voyez notre guide de l’accompagnement FSSC 22000 au Maroc.