Par où commencer : les PRP ou l’analyse des dangers ?

Par les PRP. Les programmes prérequis posent les conditions d’hygiène de base sur lesquelles l’analyse des dangers raisonne : un plan HACCP construit sur des locaux mal nettoyés ou une eau non maîtrisée finit par compter trop de CCP. ISO 22000:2018 traite les PRP à l’article 8.2, avant la maîtrise des dangers de l’article 8.5.

La norme laisse l’organisme choisir et justifier ses PRP. La base la plus solide est aujourd’hui la série ISO 22002 de 2025 : la fiche ISO d’ISO 22002-100:2025 la présente comme un appui à l’article 8.2, à lire avec la partie sectorielle de votre activité, par exemple ISO 22002-1:2025 pour la fabrication. Elle n’est pas obligatoire pour ISO 22000 seule ; elle le devient si vous passez à FSSC 22000 Version 7.

Pour chaque PRP, une fiche courte suffit, à condition qu’elle réponde à ces questions.

Rubrique de la fiche PRP

Ce qu’elle doit dire

Exemple pour la lutte contre les nuisibles

Objet

Ce que le programme maîtrise

Prévenir l’entrée et l’installation des nuisibles

Danger ou exigence couvert

Pourquoi il existe

Contamination physique et microbiologique ; exigence client

Référence

Norme ou texte qui l’encadre

Partie ISO 22002 applicable, réglementation, cahier des charges client

Responsable

Qui le pilote, qui l’exécute

Responsable hygiène ; prestataire sous contrat

Méthode et fréquence

Comment, quand, où

Plan des postes, fréquence des passages, critères d’alerte

Enregistrement

Ce qui prouve qu’il est appliqué

Rapports de passage, relevés, actions engagées

Vérification

Comment on sait qu’il fonctionne

Inspection interne, analyse des tendances

Un PRP qui ne remplit pas la deuxième ligne n’a pas de raison d’être, et l’auditeur le verra. Les programmes transverses, comme les allergènes, la traçabilité ou la surveillance environnementale, sont détaillés sur notre page programmes sécurité des aliments.

Quelles sont les étapes, de l’équipe au plan de maîtrise des dangers ?

Neuf étapes, qui reprennent la méthode HACCP du Codex et ajoutent les décisions propres à ISO 22000. Les sept principes et les douze étapes du Codex sont expliqués sur notre page plan HACCP et agrément ONSSA ; ce tableau se concentre sur ce qu’ISO 22000 attend en plus.

Étape

Article d’ISO 22000:2018

Ce que vous produisez

Ce qu’ISO 22000 ajoute au Codex

1. Nommer l’équipe sécurité des aliments

5.3 et 7.2

Composition, responsable, preuves de compétence

Un responsable désigné par la direction, des compétences prouvées

2. Décrire matières, produits finis et utilisation prévue

8.5.1.2 à 8.5.1.4

Fiches matières et produits, usages, consommateurs

Les matériaux au contact des aliments sont décrits aussi

3. Établir et confirmer les diagrammes

8.5.1.5

Diagrammes vérifiés sur place, datés

La description des procédés et de l’environnement

4. Identifier les dangers et leur niveau acceptable

8.5.2.2

Liste des dangers par étape, niveau acceptable dans le produit fini

Le niveau acceptable est fixé et justifié

5. Évaluer chaque danger

8.5.2.3

Dangers significatifs retenus, méthode écrite

La méthode d’évaluation est décrite

6. Choisir et classer les mesures de maîtrise

8.5.2.4

Chaque mesure classée CCP ou PRPo, raisonnement écrit

Le classement en PRPo, absent du Codex

7. Valider les mesures

8.5.3

Dossier de validation par CCP et par PRPo

La validation précède la mise en œuvre

8. Écrire le plan de maîtrise des dangers

8.5.4

Limites critiques, critères d’action, surveillance, actions

CCP et PRPo dans un même plan

9. Vérifier et mettre à jour

8.6 et 8.8

Programme de vérification, analyse des résultats, mises à jour

PRP et plan mis à jour ensemble

Deux étapes sont souvent bâclées. L’étape 4 d’abord : fixer le niveau acceptable du danger dans le produit fini oblige à lire la réglementation des pays de vente et les exigences des clients, et c’est ce niveau qui dit si une mesure suffit. L’étape 7 ensuite : une mesure appliquée avant d’être validée, c’est une hypothèse mise en production.

CCP ou PRPo : comment trancher, mesure par mesure ?

Par une évaluation écrite de chaque mesure, qui tient compte notamment de la probabilité qu’elle défaille et de la gravité des conséquences si elle échoue. Si la mesure a une limite critique mesurable et qu’un écart rend le produit potentiellement dangereux, c’est un CCP. Si elle a un critère d’action mesurable ou observable et qu’un écart impose d’évaluer le produit, c’est un PRPo.

Pour structurer le raisonnement, nous posons cinq questions à l’équipe, mesure par mesure :

  • La mesure a-t-elle été conçue spécialement pour réduire ce danger à un niveau acceptable ?
  • Une autre mesure, en aval, rattrape-t-elle sa défaillance ?
  • Peut-on la surveiller assez vite pour agir avant que le produit ne parte ?
  • Son critère est-il une valeur mesurable ou un constat observable ?
  • Que se passe-t-il pour le consommateur si elle échoue sans que personne ne le voie ?

L’exemple ci-dessous est générique : il illustre la méthode pour une biscuiterie, sans valeur chiffrée. Vos classements viennent de votre propre analyse.

Mesure de maîtrise

Danger visé

Classement possible

Ce qui fait pencher

Si la mesure défaille

Cuisson selon un couple temps et température validé

Germes pathogènes apportés par les œufs ou la farine

CCP

Seule étape qui réduit le danger, surveillance possible à chaque fournée

Fournées concernées isolées et évaluées par une personne compétente

Détection des métaux en fin de ligne

Fragments métalliques

CCP

Dernière barrière avant le client, contrôle en continu

Produit passé depuis le dernier test conforme repassé ou isolé

Tamisage de la farine avant pétrissage

Corps étrangers, insectes

PRPo

Mesure ciblée, mais d’autres barrières en aval

Tamis contrôlé, lots tamisés depuis le dernier contrôle conforme évalués

Nettoyage validé entre une recette avec fruits à coque et une recette sans

Allergène non déclaré par contact croisé

PRPo

Critère observable et testable, défaillance plausible

Produit bloqué, évalué, test allergène si nécessaire

Contrôle de l’étiquette au démarrage et à chaque changement

Allergène non déclaré par erreur d’étiquette

PRPo

Critère observable, défaillance plausible

Étiquettes retirées, produit réétiqueté ou isolé

Nettoyage général des locaux

Contamination de l’environnement

PRP

Ne cible pas un danger significatif identifié

Correction

Dans une autre biscuiterie, la cuisson pourrait relever d’un PRPo si une autre mesure, plus en aval, maîtrise le même danger. C’est précisément ce que l’auditeur vérifie : que le classement découle de votre analyse et non d’un modèle.

Comment valider, surveiller et vérifier le plan ?

Valider avant d’appliquer, surveiller pendant la production, vérifier après coup. Les trois activités sont distinctes, et les confondre est l’une des causes d’écart les plus fréquentes en audit.

Valider (article 8.5.3). Prouver que la mesure, ou la combinaison de mesures, est capable de maîtriser le danger au niveau acceptable. Les preuves possibles : données scientifiques publiées, essais sur votre ligne, exigences réglementaires, guides sectoriels, données du fabricant de l’équipement. La validation se refait après tout changement de recette, d’équipement ou de procédé.

Surveiller (article 8.5.4.3). Mesurer ou observer chaque CCP et chaque PRPo à une fréquence qui permet de retrouver le produit concerné. Une analyse dont le résultat arrive après l’expédition n’est pas une surveillance : c’est une vérification. Les équipements de mesure utilisés sont étalonnés ou vérifiés (article 8.7).

Vérifier (article 8.8). Confirmer que les PRP et le plan fonctionnent comme prévu : revue des enregistrements, analyses de produits, inspections, audits internes. Les résultats sont analysés, et l’analyse alimente la mise à jour du système (article 8.6) et la revue de direction.

Les sites qui préparent ensuite FSSC 22000 retrouveront ces exigences, complétées : la Version 7 demande par exemple des inspections de site régulières, fondées sur le risque, pour vérifier les PRP (exigence 2.5.12 du référentiel).

Quelles erreurs éviter, et quelle checklist suivre ?

Celles qui transforment un plan juste sur le papier en plan inapplicable. Voici les six que nous relevons le plus souvent dans les plans ISO 22000 que l’on nous soumet.

  • Copier les CCP d’un site du même secteur. Même produit, autre ligne, autres barrières : le classement ne se transpose pas.
  • Oublier le niveau acceptable. Sans lui, impossible de dire si une mesure suffit.
  • Un PRPo sans critère d’action. Personne ne sait à partir de quand réagir.
  • Une validation faite une fois pour toutes. Une nouvelle recette ou un nouveau four la remet en cause.
  • Une action qui corrige la machine et oublie le produit. Le lot fabriqué depuis la dernière mesure conforme doit être retrouvé.
  • Un plan illisible au poste. L’opérateur doit connaître sa limite, son critère et son geste en cas d’écart.

Avant de présenter le plan à un audit interne, puis à l’organisme de certification, cochez ces points.