Quels sont les postes de coût d’un programme ?

Surtout du temps humain, ponctuel la première année puis récurrent, et quelques dépenses externes : analyses, audits fournisseurs, accompagnement, parfois des équipements. Le tableau les sépare pour budgéter sans surprise.

Poste

Nature

Ce qui le fait varier

Comment le maîtriser

Évaluation des menaces

Ponctuel, puis revue au moins annuelle

Nombre de bâtiments, de zones sensibles, de stockages extérieurs

Visite structurée par zone, grille écrite une fois pour toutes

Évaluation de vulnérabilité à la fraude

Ponctuel, puis revue au moins annuelle

Nombre de matières, d’emballages, de procédés sous-traités, de fournisseurs

Regroupements justifiés, notes réutilisées d’une année sur l’autre

Veille sur les fraudes et les menaces

Récurrent

Nombre de matières sensibles et d’origines

Liste fixe de sources, consultation planifiée

Rédaction et intégration des plans

Ponctuel

Système existant (fournisseurs, spécifications, audit interne)

Intégrer aux procédures existantes plutôt que créer un classeur à part

Formation du personnel

Récurrent

Effectif, rotation, saisonniers

Module court intégré à l’accueil, formation ciblée pour l’équipe

Analyses d’authenticité

Récurrent

Matières à risque élevé, allégations sur l’étiquette

Fréquence fondée sur le risque, certificats d’analyse vérifiés par sondage

Audits ou certification des fournisseurs

Récurrent

Fournisseurs non certifiés sur des matières à risque

Préférer les fournisseurs certifiés selon un référentiel reconnu par la GFSI

Mesures physiques

Ponctuel, puis entretien

Résultat de l’évaluation des menaces

Commencer par les mesures organisationnelles

Test du plan de food defense

Récurrent (IFS : dans une période de 12 mois)

Nombre de scénarios testés

Un exercice ciblé par an, enregistré

Combien de temps interne faut-il prévoir ?

Cela dépend moins de la taille du site que de la complexité de ses achats. Un site qui achète peu de matières, à peu de fournisseurs certifiés, avance vite. Un site qui achète des dizaines d’épices, d’huiles ou d’ingrédients, via des négociants, et qui revendique des origines sur ses étiquettes, demande beaucoup plus.

Profil de site

Caractéristiques

Charge relative

Simple

Peu de matières, fournisseurs certifiés, pas d’allégation d’origine, un seul référentiel

Faible : quelques séances d’équipe, une revue annuelle courte

Intermédiaire

Plusieurs familles de matières, quelques négociants, emballages imprimés, un ou deux référentiels

Moyenne : un chantier de plusieurs semaines à temps partiel

Complexe

Nombreuses matières sensibles, chaînes longues, allégations d’origine ou de statut, procédés sous-traités, plusieurs référentiels

Élevée : un projet suivi par la direction, avec un calendrier

La charge se répartit en six temps : le diagnostic de l’existant, les deux évaluations, la rédaction des plans, la mise en œuvre (fournisseurs, spécifications, plan d’analyses, mesures d’accès), la formation et le premier test, puis la revue. Le temps de la direction n’est pas négligeable : elle valide les conclusions et les arbitre en revue de direction, comme le demandent BRCGS (1.1.4) et IFS (1.3.1).

Un poste est souvent oublié : la compétence. BRCGS (4.2.1 et 5.4.1) et IFS (4.20.1 et 4.21.1) exigent des personnes ayant les connaissances appropriées, et FSSC 22000 Version 7 (2.5.3 et 2.5.4) du personnel compétent. Former l’équipe avant de commencer coûte moins cher que refaire une évaluation contestée en audit.

Que coûtent les mesures physiques ?

Moins qu’on ne le craint, si on les décide après l’évaluation des menaces. BRCGS (4.2.3) demande des mesures pour les matières et produits à risque particulier et, quand la prévention ne suffit pas ou n’est pas possible, un moyen de détecter l’altération. Il ne prescrit pas d’équipement.

Beaucoup de mesures efficaces sont organisationnelles et peu coûteuses : registre des visiteurs et des prestataires, accompagnement des chauffeurs, clés nominatives pour la salle des ingrédients, cadenas sur les trappes de citerne, scellés numérotés rapprochés du bon de livraison, porte de quai fermée hors chargement, comptes nominatifs sur les automates. Les investissements lourds, clôture ou contrôle d’accès électronique, ne se justifient que pour une menace significative que ces mesures ne couvrent pas.

Comment maîtriser le coût des analyses ?

En laissant l’évaluation de vulnérabilité fixer la fréquence. BRCGS (5.4.4) demande des processus d’assurance ou d’analyse pour les matières à risque particulier ; IFS (4.20.3) un plan qui précise ses méthodes d’analyse et de surveillance. Ni l’un ni l’autre n’impose d’analyser chaque lot de chaque matière.

Quatre leviers réduisent la facture sans réduire la protection :

  • acheter sous forme entière quand la recette le permet, plutôt que moulue ou en mélange ;
  • raccourcir la chaîne et privilégier les fournisseurs certifiés ou audités ;
  • exiger un certificat d’analyse par lot et le vérifier par sondage dans un laboratoire accrédité pour la méthode ;
  • concentrer les analyses sur les matières notées « élevé » et sur celles qui portent une allégation d’étiquette.

La position de la GFSI de 2014 le rappelle : les mesures possibles vont de la surveillance à la gestion des spécifications, en passant par la vérification de l’origine et les audits fournisseurs. L’analyse n’est qu’un outil parmi d’autres.

Le programme peut-il être financé ?

En partie, pour la formation. La formation du personnel à la food defense et à la fraude peut relever des contrats spéciaux de formation (CSF), selon les règles de l’OFPPT et l’éligibilité de l’entreprise. Nous donnons la règle, la source et une simulation, jamais une promesse de montant : voir notre page ingénierie et financement CSF / OFPPT.

La mutualisation réduit aussi le coût. Un site certifié à la fois BRCGS, IFS et FSSC 22000 n’a besoin que d’une évaluation des menaces et d’une évaluation de vulnérabilité, à condition qu’elles couvrent le périmètre le plus large : celui d’IFS Food version 8, qui inclut emballages et procédés sous-traités.

Que coûte l’absence de programme ?

Davantage, et sans prévenir. Côté certification, un plan absent ou jamais appliqué peut valoir une non-conformité majeure. Côté commercial, un acheteur certifié BRCGS doit approuver ses fournisseurs sur une base qui inclut leurs plans de défense alimentaire et d’authenticité (3.5.1.2) : sans ces plans, le questionnaire ou l’audit fournisseur échoue. Côté incident, un incident significatif d’authenticité impose d’informer l’organisme de certification sous 3 jours ouvrables (BRCGS 3.11.4), et un rappel a ses propres coûts.

Côté légal, la loi n° 13-83 relative à la répression des fraudes sur les marchandises punit la tromperie sur la nature, la composition, l’espèce ou l’origine d’une marchandise. Un fabricant qui achète une matière falsifiée sans l’avoir évaluée s’expose à la revendre telle quelle.

Checklist pour budgéter

La méthode qui détermine ces coûts est détaillée dans notre guide food defense et food fraud et dans notre méthode d’évaluation de vulnérabilité.