Comment préparer l’étude : équipe, champ et produit (étapes 1 à 3) ?
En nommant une équipe qui connaît le procédé, en écrivant ce que l’étude couvre et en décrivant chaque produit du point de vue de sa sécurité. Ces trois étapes ne produisent aucun CCP, mais tout le reste en dépend.
L’équipe. Production, qualité, maintenance, et selon le cas achats, hygiène ou développement. Le chef d’équipe connaît les principes HACCP du Codex et peut prouver sa formation (BRCGS 2.1.1, IFS 2.3.1.2) ; au Maroc, l’article 63 du décret 2-10-473 demande une formation appropriée pour les personnes responsables du système HACCP. Une compétence absente du site, comme l’établissement d’un barème de traitement thermique, peut venir de l’extérieur ; BRCGS admet ce recours, à condition que la gestion quotidienne reste celle de l’entreprise (1.2.4).
Le champ. Une page suffit : produits ou familles de produits, lignes, locaux, étapes sous-traitées, depuis la réception jusqu’à l’expédition (BRCGS 2.1.2, IFS 2.2.1.2).
La description du produit et son usage. Une fiche de sécurité, pas une fiche commerciale.
Rubrique de la fiche produit | Ce qu’on y écrit | Exigence |
|---|---|---|
Composition | Matières premières, ingrédients, allergènes, recette | BRCGS 2.3.1, IFS 2.3.2.1 |
Caractéristiques | Propriétés physiques, chimiques, microbiologiques qui conditionnent la sécurité (par exemple pH, aw) | BRCGS 2.3.1, IFS 2.3.2.1 |
Traitement et emballage | Cuisson, refroidissement, atmosphère, conditionnement | BRCGS 2.3.1, IFS 2.3.2.1 |
Stockage, transport, durée de vie | Conditions prévues et durée de vie justifiée | BRCGS 2.3.1, IFS 2.3.2.1 |
Exigences légales | Réglementation du pays de production et des pays de vente | IFS 2.3.2.1 et 2.2.1.1 |
Usage prévu | Consommateurs visés, groupes vulnérables, mésusages prévisibles | BRCGS 2.4.1, IFS 2.3.3.1 |
Rassemblez dès cette étape vos sources : publications scientifiques, dangers connus du produit, codes d’usages, législation, exigences des clients, plan du site, schéma du réseau d’eau (BRCGS 2.3.2). L’auditeur demandera sur quoi repose chaque conclusion.
Comment établir et confirmer le diagramme (étapes 4 et 5) ?
En dessinant toutes les étapes, toutes les entrées et toutes les sorties, puis en le vérifiant sur la ligne, en production, pour chaque équipe. Un diagramme dessiné au bureau est la première cause d’une analyse des dangers incomplète.
Le diagramme couvre la séquence des étapes et leurs interactions, les entrées de matières, d’eau et d’emballages, les procédés sous-traités, les attentes possibles entre deux étapes, les reprises et le recyclage, les zones de risque, les produits finis, intermédiaires, sous-produits et déchets (BRCGS 2.5.1). IFS demande en plus qu’il identifie les CCP et les autres mesures de maîtrise, et qu’il soit daté (2.3.4.1).
La confirmation sur site se fait à toutes les étapes du procédé et pour toutes les équipes (IFS 2.3.5.1), au moins une fois par an et à chaque changement, en tenant compte des variations quotidiennes et saisonnières (BRCGS 2.6.1). Notez la date, les participants et les corrections apportées : c’est un enregistrement, pas une formalité.
Comment mener l’analyse des dangers (étape 6, principe 1) ?
Étape par étape, danger par danger, en estimant la probabilité d’apparition et la gravité des conséquences, puis en concluant par écrit : le danger est-il significatif, et par quelle mesure est-il maîtrisé ?
Passez en revue les dangers biologiques, chimiques (allergènes et dangers radiologiques compris) et physiques, ainsi que ceux liés aux matériaux au contact des aliments, aux emballages et à l’environnement de travail (IFS 2.3.6.1). BRCGS ajoute la fraude et la contamination malveillante à la liste à considérer (2.7.1) ; elles relèvent d’évaluations de vulnérabilité séparées, présentées sur notre page programmes sécurité des aliments. L’évaluation tient compte de la vulnérabilité des personnes exposées, de la survie et de la multiplication des micro-organismes, de la production de toxines et de la contamination des matières (BRCGS 2.7.2), selon la logique rappelée par la FAO pour l’étape 6.
Un modèle de feuille d’analyse, avec une ligne d’exemple générique :
Étape | Danger | Cause | Probabilité | Gravité | Significatif ? | Justification et sources | Mesure de maîtrise |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
Exemple générique : réception d’une matière réfrigérée | Multiplication de bactéries pathogènes | Rupture du froid chez le fournisseur ou pendant le transport | À évaluer sur l’historique du site | À évaluer selon le danger et l’usage | Conclusion de l’équipe | Historique des réceptions, littérature, exigences légales | Cahier des charges fournisseur, contrôle de température à réception |
Cette ligne illustre la forme, pas le contenu : vos dangers, vos cotations et vos mesures viennent de votre procédé. Envisagez plus d’une mesure de maîtrise par danger (BRCGS 2.7.3) et, quand l’élimination d’un danger n’est pas possible, justifiez le niveau acceptable dans le produit fini (BRCGS 2.7.2).
Comment déterminer les CCP et fixer des limites validées (étapes 7 et 8) ?
En examinant, pour chaque danger significatif, quelles mesures sont essentielles, puis en donnant à chaque CCP une limite mesurable ou observable dont l’efficacité est prouvée. L’arbre de décision aide, mais c’est la cohérence avec l’analyse des dangers qui compte.
Trois règles pour classer :
- une mesure essentielle à la maîtrise d’un danger significatif, assortie d’une limite critique, fait de l’étape un CCP ;
- une mesure qui maîtrise un danger significatif sans limite critique relève des mesures demandant une attention plus grande (PRPo dans le vocabulaire d’ISO 22000) : elle a un critère mesurable ou observable et sa capacité à maîtriser le danger est validée (IFS 2.3.9.4, BRCGS 2.7.4) ;
- si un danger exige une maîtrise à une étape où aucune mesure n’existe, le produit ou le procédé doit être modifié à cette étape ou avant (BRCGS 2.8.1).
La correspondance détaillée entre le vocabulaire du Codex et celui d’ISO 22000 figure sur notre page plan HACCP. Si votre site vise ISO 22000 ou FSSC 22000, la construction des PRP, des PRPo et des CCP selon la norme est détaillée dans notre article plan HACCP ISO 22000.
Les limites critiques. Elles portent sur des paramètres comme la température, le temps, l’humidité, le pH, l’aw ou la vitesse d’un convoyeur, cités par la FAO pour l’étape 8. Quand une limite est visuelle, des photos ou des exemples l’explicitent (BRCGS 2.9.1). Chaque limite se valide avec des études existantes de sources crédibles, la littérature, des modèles ou des essais ; le dossier de validation démontre que la mesure maîtrise le danger de façon continue au niveau acceptable (BRCGS 2.9.2).
Comment organiser surveillance, actions correctives et vérification (étapes 9 à 11) ?
Par une fiche par CCP, écrite avec ceux qui l’appliquent. Elle dit quoi mesurer, comment, à quelle fréquence, par qui, ce que l’on fait en cas d’écart et qui vérifie.
CCP | Danger | Limite critique | Surveillance : quoi, comment, fréquence, qui | Action corrective : procédé et produit | Vérification | Enregistrement |
|---|---|---|---|---|---|---|
Exemple générique : traitement thermique | Survie de pathogènes | Couple temps-température validé par l’équipe | Enregistrement continu, lecture par l’opérateur à chaque cycle | Isoler le lot, rétablir le procédé, évaluer le produit avec une personne compétente | Revue des enregistrements avant libération, étalonnage des sondes | Fiche de cycle signée |
La surveillance doit détecter la perte de maîtrise à temps pour agir. Si la mesure est discontinue, l’échantillon doit être représentatif du lot (BRCGS 2.10.1). Les enregistrements portent la date, l’heure et le résultat, sont signés par l’opérateur et vérifiés par une personne compétente (BRCGS 2.10.2, IFS 2.3.9.2), et le personnel qui surveille a reçu une formation spécifique (IFS 2.3.9.3). Chez IFS, la surveillance de chaque CCP est une exigence KO (2.3.9.1).
L’action corrective couvre tout le produit fabriqué pendant la perte de maîtrise (BRCGS 2.11.1), y compris quand les résultats montrent seulement une tendance à la dérive, et elle identifie la cause racine (IFS 2.3.10.1).
La vérification confirme que le plan fonctionne : audits internes, revue des dépassements, réclamations, retraits et rappels (BRCGS 2.12.2), analyses et échantillonnages (IFS 2.3.11.2), au moins une fois par période de 12 mois. Au Maroc, les analyses de l’autocontrôle se font dans un laboratoire interne ou sous contrat, reconnu (décret 2-10-473, article 42). Le plan lui-même est validé avant sa mise en œuvre, comme le rappelle la FAO pour l’étape 11.
Comment documenter le plan et le faire vivre (étape 12) ?
Avec des documents datés et versionnés, des enregistrements retrouvables et une revue programmée. Au Maroc, les enregistrements se conservent au moins 5 ans (loi 28-07, article 9), et le manuel déposé dans le dossier sanitaire doit rester cohérent avec le plan appliqué.
Revoyez le plan au moins une fois par an et avant tout changement de matière première ou de fournisseur, de recette, de procédé, de nettoyage, d’équipement, d’emballage ou de distribution, d’usage par le consommateur, ou après un incident, une nouvelle information scientifique ou le rappel d’un produit similaire (BRCGS 2.12.3).
Les erreurs que nous corrigeons le plus souvent
- Une équipe HACCP réduite au service qualité, et des opérateurs qui découvrent le plan en audit.
- Des fiches produits sans exigences légales du pays de vente.
- Un diagramme sans l’eau, les emballages ni les reprises.
- Une analyse des dangers identique pour tous les produits, sans cotation ni justification.
- Des limites critiques recopiées d’un modèle ou réglées sur la consigne machine, sans validation.
- Une action corrective qui répare la machine mais oublie le produit.
Checklist du plan HACCP
Le cadre légal de chaque étape est détaillé dans notre guide du plan HACCP au Maroc, le temps et les moyens à prévoir dans notre article sur le coût d’un plan HACCP, et une application complète dans notre cas type d’une conserverie de sardines.