Qu’est-ce que la certification IFS Food, et qui la demande aux exportateurs marocains ?

La certification IFS Food est une certification de produits et de procédés : elle atteste qu’un site agroalimentaire sait fabriquer des produits sûrs, légaux, authentiques et conformes aux exigences de ses clients. Elle est délivrée par un organisme de certification accrédité selon la norme ISO/CEI 17065 et sous contrat avec IFS Management GmbH, après un audit sur site renouvelé chaque année.

Le référentiel vient de la grande distribution. Le texte officiel d’IFS Food version 8 le rappelle : en 2003, les fédérations allemande (HDE) et française (FCD) de la distribution ont créé un référentiel commun pour auditer les fournisseurs de produits à marque de distributeur. IFS Management GmbH appartient toujours à ces deux fédérations. Pour un exportateur marocain, la conséquence est simple : la demande vient d’abord des enseignes et des marques d’Europe continentale, puis des industriels qui achètent vos produits comme ingrédients et alignent leurs fournisseurs sur le même standard.

La version en vigueur est la version 8. IFS l’indique : les audits selon la version 8 ont commencé le 1er octobre 2023 et sont obligatoires depuis le 1er janvier 2024. Un projet lancé en 2027 vise donc directement la version 8 et sa doctrine en vigueur. Ce qui a changé depuis la version 7, et la doctrine publiée en avril 2026, sont détaillés dans notre article IFS Food version 8 : changements et calendrier 2026-2027.

IFS Food figure parmi les programmes reconnus par la GFSI. La page officielle de la GFSI liste IFS Food v 8 pour plusieurs périmètres, de la manipulation des produits végétaux avant transformation (BIII) à la transformation des produits animaux et végétaux, périssables ou stables (C0 à CIV), ainsi que les ingrédients biochimiques (K).

Le certificat IFS ne remplace aucune obligation légale. Au Maroc, le prérequis reste l’autorisation ou l’agrément sanitaire de l’ONSSA ; IFS Food s’y ajoute comme exigence commerciale.

Acteur

Son rôle

Ce que le site doit en attendre

IFS Management GmbH

Rédige le référentiel et sa doctrine, gère la base de données IFS, surveille les organismes et les sites (IFS Integrity Program)

Des règles normatives, mises à jour par la doctrine

Organisme de certification

Signe le contrat, fixe la durée et la date d’audit, désigne un auditeur qualifié IFS, revoit le rapport, décide

Un contrat, un plan d’audit, un plan d’actions, une décision

Auditeur IFS

Évalue chaque exigence, note, justifie chaque écart

Des constats écrits et une réunion de clôture

Le site

Applique le référentiel, accueille l’audit, corrige, notifie les incidents

La responsabilité de la conformité, chaque jour

Le consultant (facultatif)

Aide à préparer le système et les équipes

Une méthode, jamais une décision de certification

Faut-il choisir entre IFS, BRCGS et FSSC 22000 ? C’est l’acheteur qui tranche. Le comparatif des douze programmes reconnus figure sur notre page référentiels GFSI, et notre guide de la certification BRCGS au Maroc montre la logique d’un autre référentiel.

Que couvre le périmètre d’un audit IFS Food version 8 ?

Tout le site. Le périmètre doit inclure toutes les activités, toutes les lignes et tous les produits fabriqués, à la marque du client comme à la marque de l’entreprise. La certification est spécifique au site : une entité juridique, une adresse, un certificat.

IFS Food s’applique aux entreprises qui transforment des produits alimentaires ou qui conditionnent des produits nus. Le périmètre se décrit par une combinaison de secteurs de produits (onze, des viandes aux aliments pour animaux domestiques) et de secteurs technologiques, choisis selon les étapes du procédé : pasteurisation ou stérilisation, conservation par saumure, acidification ou fermentation, surgélation, conditionnement sous atmosphère modifiée, etc. La description doit être précise : « produits à base de poisson » est refusé, « sardines à l’huile en boîtes serties, stérilisées en autoclave » est attendu.

Les règles qui surprennent le plus nos clients :

  • aucune exclusion de procédé, stockage et transport compris ; l’exclusion d’un produit n’est en général pas autorisée, sauf dans les conditions de l’annexe 4 du référentiel ;
  • pas de marque ni d’allégation dans le périmètre du certificat, à l’exception des indications géographiques au sens du règlement européen, avec une mention de non-responsabilité ;
  • les procédés partiellement sous-traités (une étape confiée à un tiers pour le compte du site) restent sous la responsabilité du site, qui doit les maîtriser ; le certificat le mentionne ;
  • les produits de négoce et les produits totalement sous-traités ne sont pas couverts par IFS Food ; IFS recommande de les certifier IFS Broker ou selon un référentiel équivalent reconnu par la GFSI, et le certificat indique si ces activités le sont ;
  • les lignes doivent tourner pendant l’audit ; une ligne arrêtée dont les CCP diffèrent impose un audit d’extension.

Situation fréquente au Maroc

Règle IFS Food version 8

Conséquence

Une conserverie qui produit aussi des produits à sa propre marque

Tous les produits du site entrent dans le périmètre

Pas de certificat limité aux seules lignes de l’acheteur

Une unité d’olives de table qui produit surtout en campagne

L’audit principal a lieu quand l’étape la plus dangereuse est réalisée

Audit d’extension pour les produits non vus, chaque année

Un site qui confie la surgélation à un entrepôt voisin

Procédé partiellement sous-traité, sauf transport et stockage par un tiers

Le prestataire doit être maîtrisé ; IFS Logistics ou un référentiel GFSI équivalent est accepté pour la seule congélation

Un exportateur qui revend des épices achetées emballées

Produits de négoce hors IFS Food

IFS Broker recommandé ; mention obligatoire sur le certificat

Un groupe avec un siège à Casablanca et deux usines

Un audit et un certificat par site de production

Audit du siège possible, toujours avant celui des sites

Comment la notation IFS décide-t-elle du certificat, niveau de base ou niveau supérieur ?

Par un pourcentage. Chaque exigence reçoit une note (A, B, C, D, non-conformité majeure, KO), convertie en points : 20 pour un A, 15 pour un B, 5 pour un C, moins 20 pour un D. Le total possible est le nombre d’exigences applicables multiplié par 20 ; le score est la part de ce total obtenue par le site.

Le statut du certificat dépend de ce score et des non-conformités. Le tableau 6 du texte officiel fixe les seuils.

Résultat de l’audit

Statut

Certificat

Score ≥ 95 %, ni majeure ni KO noté D

Approuvé au niveau supérieur, après réception du plan d’actions

Niveau supérieur, valable 12 mois, émis une fois les corrections faites

Score ≥ 75 % et < 95 %, ni majeure ni KO noté D

Approuvé au niveau de base

Niveau de base, valable 12 mois, émis une fois les corrections faites

Une seule non-conformité majeure et score ≥ 75 %

Refusé jusqu’à un audit complémentaire réussi

Niveau de base seulement, si la majeure est levée

Plus d’une majeure, score < 75 % ou au moins un KO noté D

Refusé

Aucun ; nouvel audit initial, au plus tôt six semaines après

Trois points à retenir pour un directeur :

  • le niveau supérieur se perd vite : une seule non-conformité majeure, même levée lors d’un audit complémentaire réussi, plafonne le certificat au niveau de base ;
  • un B n’est plus anodin : depuis la version 8, un B est de nouveau classé comme une déviation, avec correction et action corrective à fournir dans le plan d’actions ;
  • la non-applicabilité se justifie : une exigence notée N/A sort du calcul, mais l’auditeur doit l’expliquer dans le rapport.

Un acheteur peut exiger un niveau, pas seulement un certificat. Demandez-le par écrit dès le départ : viser le niveau supérieur change la profondeur de la préparation.

Quelles sont les dix exigences KO d’IFS Food version 8 ?

Ce sont dix exigences que le référentiel juge essentielles. Une exigence KO ne peut être notée que A (20 points), B (0 point, déviation) ou D ; la note C n’existe pas pour elle. Un D retire 50 % du total des points possibles et empêche l’émission du certificat. La liste suivante reprend la partie 1 du texte officiel en français.

KO

Exigence

Sujet

Ce que le site doit démontrer

N/A possible

1

1.2.1

Gouvernance et engagement

Les employés connaissent leurs responsabilités ; des mécanismes identifiés et documentés vérifient l’efficacité de leurs actions

Non

2

2.3.9.1

Surveillance de chaque CCP

Méthode, fréquence et enregistrement de la surveillance de chaque CCP, pour détecter toute perte de maîtrise

Oui

3

3.2.2

Hygiène personnelle

Des règles comprises et appliquées par le personnel, les prestataires et les visiteurs

Non

4

4.1.3

Accords avec les clients

Le respect des accords sur la recette, les procédés, les plans de contrôle, le conditionnement, l’étiquetage

Oui

5

4.2.1.3

Spécifications des matières premières

Des spécifications à jour, non ambiguës et légales pour les ingrédients, additifs, matériaux d’emballage et produits de recyclage

Non

6

4.12.1

Corps étrangers

Des procédures fondées sur les risques pour empêcher la contamination ; les produits contaminés traités comme non conformes

Non

7

4.18.1

Traçabilité

Le lien entre lots de produits, de matières premières et d’emballages en contact, de la réception à la livraison

Non

8

5.1.1

Audits internes

Un programme qui couvre toutes les exigences IFS, planifié sur 12 mois et réalisé en 15 mois au plus

Non

9

5.9.1

Rappels, retraits, incidents

Une procédure efficace, avec une personne autorisée joignable en permanence et une liste de contacts à jour

Non

10

5.11.3

Actions correctives

Des actions formulées, documentées et mises en place pour éviter la réapparition des écarts, avec responsables et délais

Non

Le référentiel précise que la note N/A peut s’appliquer à toute exigence, sauf aux exigences KO n° 1, 3 et 5 à 10. Seules la surveillance des CCP et les accords clients peuvent donc être déclarés non applicables, avec une justification écrite.

L’effet d’un KO noté D dépasse l’audit. En recertification, l’organisme doit retirer le certificat en vigueur dans la base de données IFS au plus tard deux jours ouvrés après le dernier jour d’audit, avec une explication en anglais. Les utilisateurs de la base IFS qui ont placé le site dans leurs favoris reçoivent un e-mail. Pour un exportateur, c’est une information commerciale autant qu’un résultat d’audit.

Comment vérifier soi-même chaque KO, preuve par preuve : c’est l’objet de notre mode d’emploi préparer un audit IFS Food.

Quelles sont les étapes de la certification, du diagnostic au certificat ?

L’annexe 2 du référentiel décrit sept étapes, de la décision de l’entreprise à la décision de certification. Le site les précède par sa préparation : c’est elle qui décide du score.

Étape

Qui

Règle ou délai officiel

Autoévaluation et diagnostic

Le site, avec ou sans consultant

Lire les versions en vigueur du référentiel et de la doctrine ; pré-audit facultatif, non mis en ligne

Mise en œuvre

Le site

Toutes les exigences en place et validées, par audits internes et revue de direction, avant l’audit initial ; IFS recommande trois mois d’exploitation pour un nouveau site

Contrat

Le site et l’organisme

Périmètre, durée d’audit, IFS Integrity Program, données en base IFS ; information sur les produits, sous-traitances, pays de destination, historique de certification

Durée et date d’audit

L’organisme

Outil de calcul IFS obligatoire ; date fixée quand les produits du périmètre sont en fabrication

Audit

L’auditeur

Réunion d’ouverture courte, au moins 50 % du temps sur site, revue documentaire, réunion de clôture

Plan d’actions

L’auditeur, puis le site

Remis au plus tard deux semaines après l’audit ; preuves des corrections et actions correctives sous quatre semaines

Décision et certificat

L’organisme

Revue technique, décision par une autre personne que l’auditeur, rapport et certificat en ligne six à huit semaines après le dernier jour d’audit

Un premier audit initial peut être annoncé ou non annoncé. Pour une première certification, nous conseillons en général un audit annoncé, qui permet de caler la date sur la production et de réunir l’équipe complète. Le hub certification IFS décrit notre méthode en sept étapes ; le budget et la durée réalistes d’un tel projet sont traités dans coût et durée d’un projet IFS Food.

Avant de signer avec un organisme de certification, vérifiez ces points :

Que se passe-t-il après le premier certificat ?

Un cycle annuel commence. Le certificat est valable à partir de sa date d’émission jusqu’au dernier jour de l’audit initial, plus huit semaines moins un jour, plus un an. La date d’audit anniversaire reste celle de l’audit initial, même si la date de recertification varie d’une année à l’autre.

La recertification. Un audit annoncé se programme entre huit semaines avant et deux semaines après la date anniversaire. La base de données IFS envoie un rappel trois mois avant l’expiration. Un audit hors délai rompt le cycle : il faut repartir d’un nouvel audit initial.

Les audits non annoncés. Au moins un audit sur trois doit être non annoncé. L’organisme choisit l’année du premier audit non annoncé et en informe le site au moins six mois avant la date anniversaire. La fenêtre va de seize semaines avant à deux semaines après cette date. Un site qui réussit un audit non annoncé obtient le statut IFS Star, visible sur le certificat ; il le perd au prochain audit annoncé.

Les incidents. L’exigence 1.2.6 impose d’informer l’organisme de certification sous trois jours ouvrés dans certaines situations, comme un rappel de produit ; la doctrine IFS Food 8, version 5 en précise la liste.

La surveillance d’IFS. Un site certifié doit accepter les contrôles de l’IFS Integrity Program, en général non annoncés (prévenus 30 minutes avant). Une majeure ou un KO relevé lors d’un tel contrôle a le même effet sur le certificat qu’en audit.

L’échec. Plus d’une majeure, un score inférieur à 75 % ou un KO noté D imposent un nouvel audit initial complet, au plus tôt six semaines après. Le rapport d’un audit initial échoué est mis en ligne dans la base IFS ; il ne vaut jamais pré-audit.

Le maintien repose sur des audits internes répartis sur l’année, une revue de direction et une veille sur la doctrine. Beaucoup de sites confient l’audit interne ou l’audit à blanc avant chaque échéance à un tiers : voir nos audits et inspections. Le cas type d’un exportateur d’olives de table montre ces règles appliquées à une unité marocaine saisonnière.