Par où commencer quand un acheteur demande « une certification » ?

Par un inventaire de vos clients et prospects, marché par marché et produit par produit, avec le texte exact de leur exigence. La question « quelle certification pour exporter ? » n’a pas de réponse par pays : elle a une réponse par acheteur.

La GFSI reconnaît des programmes pour qu’un certificat évite des audits redondants, mais elle n’oblige aucun acheteur à accepter n’importe lequel. Un distributeur peut nommer un référentiel, une version, un grade ou un programme d’audit. Un autre, dans le même pays, peut se contenter d’« un certificat reconnu GFSI ». Construire son choix sur la réputation d’un marché, c’est risquer un certificat que le client refuse.

Commencez par un tableau simple, tenu par la direction commerciale et le responsable qualité. Les lignes ci-dessous sont des exemples de structure, pas des exigences réelles.

Client ou prospect

Pays

Produits livrés

Exigence écrite reçue

Échéance

Poids dans le chiffre d’affaires

Client A, distributeur

À compléter

Toutes les références sous marque du distributeur

Texte copié du cahier des charges

Date du prochain référencement

Part actuelle ou visée

Client B, industriel

À compléter

Une seule gamme, en ingrédient

Texte copié du manuel fournisseur

Renouvellement du contrat

Part actuelle ou visée

Prospect C, importateur

À compléter

Gamme en négociation

Pas encore reçue

Premier contrat

Part visée

La dernière colonne n’est pas accessoire. Quand deux exigences s’opposent, c’est souvent elle qui tranche.

Quelles questions poser par écrit à chaque acheteur ?

Dix questions suffisent pour transformer une demande vague en exigence exploitable. Envoyez-les par courriel et conservez les réponses : elles serviront aussi en audit, où le respect des accords clients est vérifié (IFS Food en fait même une exigence KO, la 4.1.3).

  1. Quel référentiel acceptez-vous, et dans quelle version (par exemple FSSC 22000 v6 ou v7, SQF Edition 9 ou 10) ?
  2. Acceptez-vous tout programme reconnu par la GFSI pour notre périmètre, ou seulement certains ?
  3. Exigez-vous un résultat minimal : un grade BRCGS, le niveau supérieur IFS ?
  4. Exigez-vous un programme d’audit précis : non annoncé, statut IFS Star ?
  5. Quelle est votre échéance, et acceptez-vous une étape intermédiaire en attendant ?
  6. Le certificat doit-il couvrir tous les produits que nous vous livrons, y compris ceux d’un sous-traitant ?
  7. Attendez-vous un module additionnel ou une exigence propre à votre enseigne ?
  8. Accepterez-vous une nouvelle version d’un référentiel avant sa reconnaissance par la GFSI ?
  9. Exigez-vous d’autres preuves en plus : certification halal, plan d’analyses, audit de seconde partie ?
  10. Sous quelle forme votre accord est-il valable : cahier des charges signé, courriel de votre service qualité ?

Comment lire les réponses

Type de réponse

Lecture

Décision

Un référentiel unique, nommé

Exigence fermée

À retenir tel quel

Une liste de référentiels acceptés

Exigence ouverte

Choisir dans l’intersection avec les autres clients

« Un certificat GFSI », sans précision

Exigence ouverte, à préciser

Faire confirmer la version et le périmètre

Une préférence orale (« de préférence IFS »)

Avantage commercial, pas une exigence

La peser avec le poids du client

Un grade ou un niveau minimal

Exigence de résultat

Prévoir un audit à blanc noté avant la certification

Pas de réponse

Risque

Relancer avant de choisir

Comment rattacher votre site au bon périmètre GFSI ?

En décrivant ce que le site fait physiquement au produit. La GFSI reconnaît chaque programme pour des périmètres précis, codés de AI à K ; un programme qui ne couvre pas votre périmètre ne vous sert à rien, même si l’acheteur l’accepte.

Posez quatre questions, dans cet ordre :

  • Transformez-vous le produit ? Conserverie, surgélation, découpe, cuisson : vous êtes dans les périmètres C (C0 à CIV) ou K pour les ingrédients. Tri, lavage et conditionnement de produits entiers relèvent de BIII.
  • Fabriquez-vous des emballages pour des tiers ? C’est le périmètre I, avec BRCGS Packaging Materials, IFS PACsecure ou FSSC 22000.
  • Stockez-vous ou transportez-vous les produits d’autres entreprises ? C’est le périmètre G.
  • Achetez-vous et revendez-vous sans toucher le produit ? C’est le périmètre FII, avec BRCGS Agents & Brokers ou IFS Broker.

Une conserverie qui fabrique aussi des boîtes vendues à d’autres relève de deux périmètres, donc parfois de deux référentiels. Le tableau complet des activités, des périmètres et des programmes listés par la GFSI figure sur notre page Référentiels GFSI. Le périmètre se confirme ensuite avec l’organisme de certification, avant le devis.

Comment vérifier que le référentiel envisagé est bien reconnu ?

Sur la page officielle de la GFSI, en contrôlant trois choses : le référentiel, sa version et votre périmètre. Pour BRCGS, la page précise aussi les programmes d’audit couverts.

Quatre écarts sont fréquents fin 2026 :

  • BRCGS Packaging Materials est audité en Issue 7 depuis avril 2025, mais la GFSI liste encore l’Issue 6 ;
  • FSSC 22000 est listée en version 6, la Version 7 publiée en mai 2026 étant en cours de benchmarking ;
  • GLOBALG.A.P. IFA v6 n’est conçue pour la reconnaissance GFSI que dans son édition GFS, selon GLOBALG.A.P. ;
  • BRCGS START! et IFS Progress sont des programmes d’entrée absents de la liste ; IFS Progress est une évaluation, pas un certificat.

Quand la version auditée n’est pas encore celle que liste la GFSI, la question 8 posée à l’acheteur devient décisive. L’état complet des reconnaissances est tenu dans notre article normes GFSI reconnues en 2026.

Comment croiser les réponses de plusieurs acheteurs ?

Dans une matrice : une ligne par acheteur, une colonne par référentiel, et dans chaque case « exigé », « accepté » ou « refusé ». Cherchez d’abord une colonne sans « refusé » ; si aucune n’existe, retenez la plus petite combinaison qui couvre tous les clients.

Acheteur

BRCGS Food Safety

IFS Food

FSSC 22000

Client A

Exigé

Refusé

Refusé

Client B

Accepté

Exigé

Refusé

Prospect C

Accepté

Accepté

Accepté

Résultat

Couvre A et C

Couvre B et C

Ne couvre que C

Dans cet exemple, aucune colonne ne suffit : il faut BRCGS et IFS Food. Si le client B avait accepté BRCGS, un seul certificat aurait couvert les trois.

Quand plusieurs solutions restent possibles, départagez avec ces critères :

  • vos prospects à trois ans, pas seulement vos clients actuels ;
  • votre organisation : un site qui vise aussi ISO 9001:2026 réutilise l’architecture ISO de FSSC 22000 ;
  • votre capacité à accueillir des audits non annoncés, que chaque référentiel organise différemment ;
  • la langue des audits : IFS exige un audit dans la langue de travail du site, avec un interprète si besoin ; chez FSSC 22000, un interprète allonge la durée d’au moins 20 % ;
  • le coût sur la durée du cycle, comparé dans notre article coût de l’audit BRCGS, IFS ou FSSC 22000.

Les logiques de notation et d’audit propres à chaque référentiel sont détaillées dans notre comparatif BRCGS, IFS et FSSC 22000.

Quelles erreurs éviter avant de signer avec un organisme de certification ?

Six erreurs reviennent dans les projets que nous reprenons en cours de route :

  1. Choisir par pays plutôt que par acheteur.
  2. Choisir le référentiel le plus connu sans vérifier qu’il couvre votre périmètre.
  3. Se contenter d’« un certificat GFSI » sans faire préciser la version.
  4. Ignorer les transitions : FSSC 22000 v6 vers v7, SQF Edition 9 vers 10, BRCGS Issue 10 en préparation sans date.
  5. Certifier une partie des produits et livrer le reste au même client.
  6. Oublier le prérequis réglementaire : l’autorisation ou l’agrément sanitaire de l’ONSSA doit couvrir tout le périmètre visé.

Avant de signer, validez la checklist avec votre comité de direction :

Le cas type d’un exportateur marocain face à trois acheteurs applique cette méthode de bout en bout. Pour les exigences halal, voir notre page Halal et Kosher.