Quelle est la situation de départ de l’exportateur ?

Une biscuiterie en règle avec l’autorité sanitaire, avec un plan HACCP, mais sans certificat GFSI. Ce cas est un cas type : il réunit des situations que nos équipes rencontrent chez des exportateurs marocains, sans décrire un client.

Le site, en périphérie de Casablanca, fabrique des biscuits secs, des gaufrettes et des biscuits fourrés. Il achète farine, sucre, matières grasses, cacao, noisettes, lait en poudre et emballages imprimés, cuit sur plusieurs lignes et conditionne en sachets et en boîtes. Il produit toute l’année et exporte une part croissante de ses volumes sous la marque de ses clients.

Le diagnostic de départ :

  • une autorisation sanitaire de l’ONSSA et un plan HACCP construits pour l’inspection, pas pour un audit GFSI ;
  • une matrice allergènes qui ignorait les traces de noisettes sur une ligne partagée ;
  • des fournisseurs connus de longue date, approuvés sans analyse des risques ;
  • une étiquette par marché, contrôlée au démarrage de série seulement ;
  • aucun plan de culture sécurité des aliments, aucune évaluation de vulnérabilité à la fraude ;
  • une direction qui envisageait FSSC 22000, parce qu’elle prépare aussi ISO 9001:2026.

L’autorisation sanitaire reste le prérequis (la biscuiterie relève de l’autorisation selon l’arrêté 2768-12), délivré par l’ONSSA selon la procédure décrite sur sa page consacrée aux établissements agroalimentaires. La certification GFSI s’y ajoute comme exigence commerciale.

Que demandent exactement les trois acheteurs ?

Trois exigences différentes, recueillies par écrit avec les questions de notre méthode de choix d’un référentiel GFSI. Avant cette étape, la direction ne disposait que de souvenirs de réunions commerciales.

Acheteur

Ce qu’il a écrit

Ce que la question écrite a révélé

Importateur britannique, pour une enseigne

« BRCGS Food Safety »

Pas d’autre référentiel accepté ; grade minimal à préciser au référencement ; programme non annoncé non exigé au départ

Distributeur allemand, marque de distributeur

« IFS Food »

Version 8 ; niveau supérieur souhaité, pas exigé ; aucun autre référentiel accepté

Distributeur du Golfe

« Un certificat reconnu par la GFSI »

BRCGS ou IFS acceptés ; certificat halal exigé en plus, selon son propre cahier des charges

La deuxième colonne seule aurait trompé la direction. Le client allemand avait écrit « de préférence IFS » dans un premier courriel ; c’est la question écrite sur les référentiels acceptés qui a transformé cette préférence en exigence ferme.

Pourquoi deux référentiels, et pourquoi pas FSSC 22000 ?

Parce que la matrice des exigences ne laissait pas d’autre solution. Aucun référentiel ne couvrait seul les trois clients.

Acheteur

BRCGS Food Safety

IFS Food

FSSC 22000

Importateur britannique

Exigé

Refusé

Refusé

Distributeur allemand

Refusé

Exigé

Refusé

Distributeur du Golfe

Accepté

Accepté

Accepté

Résultat

Nécessaire

Nécessaire

Inutile pour ces clients

FSSC 22000 avait un vrai atout pour ce site : son architecture ISO, réutilisable pour ISO 9001:2026. Mais aucun des deux clients principaux ne l’acceptait. La direction a gardé le projet ISO 9001:2026 pour plus tard, en s’appuyant sur la revue de direction et les audits internes déjà exigés par BRCGS et IFS.

Le périmètre, lui, était simple : une seule adresse, des produits stables à température ambiante (périmètre CIV de la GFSI), pour lequel la page de la GFSI liste BRCGS Food Safety Issue 9 et IFS Food version 8. Un petit négoce de confiseries importées, revendues sans reconditionnement, a été exclu du périmètre BRCGS, qui impose d’inclure tous les produits commercialisés ou aucun.

Comment construire un socle commun pour BRCGS et IFS ?

En écrivant un seul système, puis en le reliant clause par clause aux deux référentiels. Le diagnostic a été mené sur les deux textes à la fois : la liste d’autoévaluation BRCGS et la checklist IFS Food version 8.

Sujet

Socle commun construit une fois

Ce qui reste propre à chaque référentiel

Fournisseurs

Analyse des risques par matière (cacao, noisettes, matières grasses, emballages), approbation, spécifications

Spécifications des matières premières en KO n° 5 chez IFS (4.2.1.3) ; approbation fondée sur le risque, exigence fondamentale 3.5.1 chez BRCGS

Allergènes

Matrice par ligne et par produit, plan de nettoyage validé, ordonnancement

Exigence fondamentale 5.3 chez BRCGS ; chapitre 4.19 chez IFS

Traçabilité

Lien entre lot de farine ou de noisettes, lot fabriqué, emballage imprimé et client

Test réalisable en 4 heures chez BRCGS (3.9) ; KO n° 7 chez IFS (4.18.1)

Corps étrangers

Détection des métaux, maîtrise du verre et des plastiques durs

KO n° 6 chez IFS (4.12.1)

Étiquetage

Contrôle à chaque démarrage, changement de lot et changement de bobine

Exigence fondamentale 6.2 chez BRCGS ; accords clients en KO n° 4 chez IFS (4.1.3)

Culture sécurité des aliments

Un plan porté par le directeur général, revu en comité de direction

Plan revu au moins une fois par an chez BRCGS (1.1) ; objectifs de culture dans la politique chez IFS (1.1.1)

Audits internes

Un programme unique, réparti sur l’année

Au moins quatre dates chez BRCGS (3.4) ; KO n° 8 chez IFS (5.1.1), réalisé en 15 mois au plus

Les allergènes ont demandé le plus de travail. Trois marchés, c’est trois étiquettes à valider selon la réglementation du pays de vente, avec la même matrice en amont. La fraude a suivi : cacao, noisettes et matières grasses ont reçu une évaluation de vulnérabilité, et chaque mention valorisante de l’étiquette doit se prouver par les spécifications et les bilans matière.

La certification halal du troisième client a été traitée à part, avec ses propres exigences : voir notre page Halal et Kosher. Elle réutilise l’approbation des fournisseurs et la traçabilité du socle, mais ne figure pas parmi les programmes reconnus par la GFSI.

Comment planifier deux audits et deux calendriers non annoncés ?

En partant de l’échéance la plus proche. L’importateur britannique voulait le certificat avant son prochain référencement ; le client allemand laissait plus de temps.

Étape

Choix retenu

Règle officielle qui l’explique

Premier audit BRCGS

Annoncé, entièrement sur site, toutes lignes en production

Premier audit annoncé ; pas d’audit mixte pour un audit initial ; l’auditeur évalue des pratiques qu’il observe

Clôture BRCGS

Dossier de preuves préparé avant l’audit

28 jours pour transmettre les corrections ; certificat au plus tard 42 jours après le premier jour d’audit

Premier audit IFS

Quelques semaines après, une fois les écarts BRCGS clos

Audit complet sur site ; plan d’actions complété sous quatre semaines

Non annoncé BRCGS

Au cours de l’une des deux années suivantes

L’organisme notifie l’année dans les trois mois qui suivent l’audit, jamais la date ; dix jours exclus au plus, justifiés

Non annoncé IFS

Au moins un audit sur trois

Fenêtre de 16 semaines avant à 2 semaines après la date anniversaire ; dix jours opérationnels d’indisponibilité au plus, en trois périodes

Les deux calendriers sont distincts : un audit non annoncé IFS ne remplace pas celui de BRCGS. Le site a donc nommé un suppléant formé pour chaque responsable et tient ses enregistrements à jour chaque jour. Les arrêts de maintenance sont communiqués à l’avance à l’organisme de certification de chaque référentiel. Les effets de ce double rythme sur le budget sont comparés dans notre article coût de l’audit BRCGS, IFS ou FSSC 22000.

Quelles leçons pour les autres exportateurs ?

Trois leçons valent pour toute entreprise qui sert plusieurs marchés.

  1. La question écrite change la décision. Une préférence orale n’est pas une exigence, et l’inverse est vrai.
  2. Le meilleur référentiel sur le papier n’est pas toujours le bon. FSSC 22000 convenait à l’organisation du site, pas à ses clients.
  3. Deux référentiels ne veulent pas dire deux systèmes. Le socle se construit une fois ; seuls le protocole d’audit et les exigences propres demandent un travail spécifique.

Checklist pour reproduire la démarche :

La comparaison complète des référentiels figure dans notre comparatif BRCGS, IFS et FSSC 22000, et l’état des reconnaissances GFSI dans notre point sur les normes GFSI reconnues en 2026.