Par où commencer : comment la HARA fixe-t-elle le niveau d’hygiène ?

Par l’usage prévu de chaque produit. L’Issue 7 ne donne pas une liste de mesures valable pour tous les sites : elle demande à l’équipe HARA de décrire chaque produit, son usage et ses restrictions d’usage, par exemple le contact direct avec des aliments ou d’autres produits sensibles à l’hygiène (clause 2.3.2), puis d’analyser à chaque étape les dangers microbiologiques, physiques et chimiques (2.5.1).

L’analyse retient les dangers significatifs en croisant deux critères : la probabilité d’apparition, compte tenu des programmes prérequis, et la gravité des conséquences (2.5.2). Les programmes prérequis cités par le référentiel couvrent justement l’hygiène : nettoyage, maîtrise de la contamination, nuisibles, maintenance, hygiène du personnel (2.2.1).

Prenons deux sites que nous rencontrons souvent. Un fabricant de barquettes de Kénitra livre des conditionneurs de fruits rouges : le fruit ne sera pas lavé, la barquette est au contact direct, une contamination microbiologique ou un fragment devient un risque pour le consommateur. Un cartonnier du Souss fabrique des caisses de transport d’agrumes : le contact est indirect, le danger principal est physique (agrafes, échardes, nuisibles). Les deux appliquent le même référentiel, mais pas les mêmes tenues, ni le même nettoyage, ni la même fréquence de prélèvements.

La HARA débouche sur une carte des zones. Les zones où des aliments ou des surfaces de contact sensibles à l’hygiène sont exposés doivent être définies, identifiées, surveillées et maîtrisées (4.4.1). Le plan du site montre les accès du personnel, les circuits des matières, des en-cours, des produits finis et des déchets, ainsi que les zones qui exigent des contrôles supplémentaires, comme une salle blanche (4.5.1).

Comment maîtriser les corps étrangers ?

Par des règles écrites pour chaque source connue, et par des contrôles enregistrés. La clause 4.9 demande de prendre toutes les mesures possibles pour identifier, éliminer, éviter ou réduire la contamination par des corps étrangers. Les sources à traiter sont toujours les mêmes.

  • Verre et matériaux cassants. Pas de verre inutile ; un registre qui donne l’emplacement, le nombre, le type et l’état de chaque élément, avec des contrôles à une fréquence fondée sur le risque ; une procédure de bris qui désigne un responsable, empêche la contamination d’autres zones, isole le produit touché et enregistre chaque incident (4.9.1). Les vitrages et les éclairages, y compris ceux des désinsectiseurs, sont protégés lorsqu’ils présentent un risque (4.2.5 et 4.2.6).
  • Objets tranchants et métal. Une procédure d’émission et de stockage des couteaux, lames, aiguilles et fils, avec l’enregistrement des remplacements et des casses. Les cutters à lame sécable sont interdits, et les lames intégrées aux machines sont surveillées (4.9.2).
  • Bois, agrafes, trombones, punaises. Le mobilier en bois est scellé et sans échardes là où il présente un risque ; agrafes, trombones et punaises sont proscrits dans les zones où le produit est exposé (4.9.5).
  • Équipements portables. Téléphones, tablettes et instruments fournis par le site sont maîtrisés (4.9.5.4).
  • Maintenance. Inspection des équipements à intervalles définis lorsque leur défaillance peut libérer des fragments, inspection de remise en service après chaque intervention, outils rangés, ateliers propres avec tapis retenant les copeaux (4.7.2 à 4.7.5). Après l’installation d’un équipement neuf, une inspection consigne que les dangers de contamination ont été éliminés (4.6.3).
  • Palettes et véhicules. Palettes vérifiées avant usage, intactes, sèches et propres ; véhicules et conteneurs contrôlés pour la propreté et l’odeur avant chargement (5.9.3 et 5.9.5).

Quand la détection repose sur un équipement en ligne (caméra, détecteur), son bon réglage et sa capacité à alerter ou rejeter sont vérifiés, au début et à la fin des séries lorsque c’est approprié (5.6.4).

Comment traiter la chimie, la migration et les allergènes ?

En trois niveaux : les produits chimiques de l’usine, les substances qui peuvent migrer de l’emballage vers l’aliment, et les allergènes.

Les produits chimiques hors fabrication (lubrifiants, produits de nettoyage) relèvent d’une procédure qui comprend au minimum un registre des produits approuvés, la confirmation de leur aptitude, y compris pour le contact alimentaire ou sensible à l’hygiène, les fiches de données de sécurité, l’absence de produits fortement parfumés là où ils peuvent transmettre une odeur, un stockage désigné à accès restreint et l’usage par du personnel formé (4.9.3). Les points de lubrification ne doivent pas pouvoir contaminer le produit (4.6.1).

La migration se traite dans la HARA, qui doit tenir compte de la migration de substances et des matières recyclées (2.5.1). Les paramètres d’usage critiques convenus avec le client comprennent, le cas échéant, les essais de migration (5.1.1). Pour un emballage vendu dans l’Union européenne, la Commission européenne rappelle que le règlement (UE) n° 10/2011 fixe pour les matières plastiques une limite de migration globale de 60 mg/kg d’aliment ou de 10 mg/dm², et des limites de migration spécifiques. Tout essai critique pour la sécurité ou la légalité doit être réalisé par un laboratoire accrédité, ou qui fonctionne selon les exigences et les principes d’ISO/IEC 17025 (5.6.6). Le résultat nourrit la déclaration de conformité exigée pour chaque produit au contact des aliments (3.4.3).

Pour un imprimeur, le danger type est le transfert d’encre de la face imprimée vers la face contact, en bobine ou en pile : il se traite avec les fiches de vos fournisseurs d’encres, de vernis et d’adhésifs. BRCGS cite par ailleurs les PFAS et les huiles minérales parmi les préoccupations émergentes du secteur.

Les allergènes : si la HARA identifie un risque de contamination par des allergènes ou des composants allergéniques, le site établit un plan de gestion des allergènes conforme aux règles d’étiquetage du pays de vente, revu notamment à chaque changement de matières premières ou de lubrifiants (4.9.4).

Comment nettoyer, désinfecter et prouver l’efficacité ?

Avec des plans de nettoyage fondés sur le risque, puis une preuve que le résultat est atteint. Le nettoyage est une exigence fondamentale de l’Issue 7 (4.8).

Chaque plan précise le responsable, la zone ou l’élément, la fréquence, la méthode, les produits, l’enregistrement et la vérification (4.8.2). Depuis le 10 août 2026, la position officielle P708 y ajoute la désinfection lorsqu’elle est nécessaire, et demande que le niveau de nettoyage soit validé et vérifié selon le risque lié à l’usage prévu du produit. La politique de rangement comprend un nettoyage en continu (« clean as you go ») ou selon l’état (4.8.1). Le matériel de nettoyage est adapté et stocké à un emplacement dédié, et celui des toilettes est différencié du reste (4.8.3 et 4.8.4).

Preuve

Exemple dans une usine d’emballage

Clause

Validation

Essais avant mise en place d’une méthode : prélèvements de surface sur les outillages de thermoformage après nettoyage et désinfection

4.8.2 (P708)

Vérification

Contrôle visuel signé en fin de nettoyage, prélèvements périodiques selon le risque

4.8.2

Surveillance de l’environnement

Programme microbiologique quand le risque le justifie : points, fréquences, cibles, méthodes, revue au moins annuelle

4.8.5 et 4.8.6

Inspections

Programme d’inspections de l’état du bâtiment, des équipements et du rangement, distinct des audits internes

3.5.5

Utilités

Qualité de l’air comprimé, de la vapeur, de la glace ou des gaz au contact direct du produit spécifiée ou surveillée

4.3.2

Un programme de surveillance qui ne donne que des résultats négatifs depuis des années doit lui-même être revu : la clause 4.8.6 prévoit une revue en cas de résultats systématiquement négatifs.

Quelles règles pour le personnel et les nuisibles ?

Des règles fondées sur le risque, écrites, contrôlées et expliquées dans la langue des équipes. Les exigences d’hygiène du personnel tiennent compte de l’usage prévu du produit fini (6.2.1).

  • Bijoux, montres, ongles, parfum : règles définies à partir de l’évaluation des risques, avec les exceptions prévues par le référentiel (alliance simple, bijoux d’alerte médicale), et contrôles réguliers (6.2.1).
  • Pansements : de couleur différente de celle du produit, de préférence bleus (6.2.4).
  • Lavage des mains : avant le travail, après les pauses et aussi souvent que le risque l’exige ; lavabos avec eau à température adaptée, savon non parfumé, séchage et consignes dans les langues appropriées (6.2.5 et 6.3.4).
  • Manger, boire, fumer : interdits en fabrication et en stockage ; eau autorisée seulement dans des zones désignées, avec des contenants adaptés (6.3.8 et 6.3.9).
  • Santé : symptômes à signaler, exclusion des postes au contact du produit tant qu’ils persistent lorsqu’il existe un risque (6.4.1).
  • Tenues : charlottes, cache-barbes, vêtements, chaussures et gants envisagés selon le risque, toute dispense étant justifiée ; pas de poches extérieures au-dessus de la ceinture ni de boutons cousus (6.5.1 et 6.5.2).
  • Nuisibles : programme préventif sur tout le site, adapté aux saisons, plan numéroté des dispositifs, analyse des captures des désinsectiseurs, protection contre l’entrée des oiseaux au-dessus des quais (4.11).

Quels points chauds selon votre matériau ?

Les mêmes clauses s’appliquent à tous, mais les dangers dominants changent. Le tableau reprend ceux que nous traitons en priorité dans nos missions.

Matériau

Dangers typiques

Ce que l’auditeur voudra voir

Impression (films, étuis, étiquettes)

Transfert d’encre, mélange d’imprimés, poussières de massicotage, solvants

HARA qui traite la migration, approbation de chaque tirage, séparation des variantes, déchets d’encres et de solvants gérés (5.3, 4.10)

Plastiques (films, barquettes, préformes)

Granulés et paillettes, matières recyclées, contamination de surface au moulage

Déchets de procédé maîtrisés (4.10.2), origine et légalité des matières recyclées (5.1.1), nettoyage validé des zones sensibles

Papier et carton

Agrafes, échardes de palettes, poussières, nuisibles, humidité

Stockage hors sol et à distance des murs (5.8.1), palettes contrôlées (5.9.3), programme nuisibles saisonnier (4.11.1)

Verre

Bris de verre hors produit, éclats du produit

Registre du verre hors produit (4.9.1), inspection en ligne vérifiée (5.6.4)

Métal (boîtes, couvercles, capsules)

Fragments et bavures, lubrifiants, vernis intérieurs

Maîtrise des lames et outils (4.9.2), lubrifiants aptes au contact (4.9.3), vernis dans la HARA et la déclaration de conformité

Pour chaque tournée d’atelier, utilisez cette checklist :

Trois erreurs reviennent dans les audits à blanc que nous conduisons : des règles d’hygiène identiques pour toutes les zones, sans lien avec l’usage du produit ; un nettoyage documenté mais jamais validé ; une HARA qui ignore la migration et les matières recyclées. Le contexte de ces exigences est détaillé dans notre guide BRCGS Packaging Materials Issue 7, et leur effet sur le budget dans notre article sur le coût d’un projet BRCGS Packaging.