Quelle était la demande de l’importateur ?
Qualifier trois fournisseurs marocains avant la saison suivante, et pouvoir le prouver à ses propres clients. Ce cas est un cas type : il assemble des situations rencontrées en audit fournisseur, sans décrire un client ni un fournisseur réels.
L’importateur est établi dans l’Union. Il distribue des conserves de poisson et des légumes frais auprès d’enseignes européennes ; une partie des conserves de sardines est revendue à un distributeur britannique. Il est lui-même certifié et doit approuver ses fournisseurs selon le risque. Trois sites sont en jeu :
- Fournisseur A, une conserverie de sardines de la région de Safi, certifiée BRCGS Food Safety Issue 9, qui vend sous sa propre marque ;
- Fournisseur B, une conserverie de la région d’Agadir, certifiée IFS Food Version 8, qui fabriquerait des filets de maquereau sous la marque de l’importateur ;
- Fournisseur C, une station de conditionnement de tomates cerises du Souss-Massa, certifiée GLOBALG.A.P. IFA v6, avec un groupe de producteurs.
La question posée à l’auditeur était écrite dès le cadrage : chaque fournisseur peut-il livrer, durablement, le produit du cahier des charges, conformément à la loi des pays de vente ?
Comment le programme d’audit a-t-il été construit ?
À partir du risque de chaque produit, avec une revue documentaire avant toute visite et des audits calés sur les campagnes. Le tableau résume le cadrage validé par l’importateur.
Fournisseur | Risques dominants | Grille | Format retenu |
|---|---|---|---|
A, conserverie de sardines, marque du fournisseur | Histamine, traitement thermique, serti ; ventes au Royaume-Uni | Cahier des charges, BRCGS Food Safety Issue 9 en appui, règles UE et britanniques | Revue documentaire puis audit sur site en production |
B, conserverie à façon, marque de l’importateur | Vide de ligne entre marques, maquettes, allégation d’origine | Cahier des charges et contrat de fabrication, IFS Food Version 8 en appui | Revue documentaire puis audit sur site, avec changement de série |
C, station de tomates cerises | Résidus, hygiène de récolte et de manutention, pratiques sociales | Cahier des charges, exigences du client final, GLOBALG.A.P. IFA v6 | Revue documentaire puis audit pendant la campagne |
La revue documentaire a porté sur les certificats, vérifiés dans le BRCGS Directory et la base de données IFS, sur les agréments ONSSA, les spécifications, les plans HACCP et les derniers résultats d’analyses. Pour A et B, elle a vérifié l’inscription de chaque établissement sur la liste de l’Union publiée dans TRACES : selon la FAQ Access2Markets de la Commission, le pays doit être autorisé, l’usine doit obtenir sa propre autorisation et l’étiquetage suit des règles spécifiques.
Qu’ont révélé les trois audits ?
Un écart majeur par site, chacun d’une nature différente, et aucun visible sur le certificat.
Fournisseur A : l’histamine se joue avant l’usine
Le système BRCGS était solide à l’intérieur des murs : barèmes de stérilisation validés, contrôles du serti par tête, échantillonnage de l’histamine sur produit fini. L’audit a remonté l’amont. Pour une partie des apports, aucune température n’était enregistrée entre le débarquement et la réception ; les critères d’acceptation reposaient sur les déclarations des navires. Or l’histamine se forme quand la chaîne du froid n’est pas tenue entre le débarquement et la mise en boîte : l’auditeur attend une maîtrise en amont, pas seulement un contrôle sur produit fini.
L’exercice de traçabilité sur un lot de l’importateur a relié le produit fini au poisson et à l’huile, mais pas, dans le délai fixé par la procédure du site, au lot de couvercles. Pour les envois britanniques, la conserverie connaissait les exigences de GOV.UK : sardines et maquereaux appartiennent aux familles d’espèces susceptibles de former de l’histamine, classées en risque moyen, et voyagent avec un certificat sanitaire.
Fournisseur B : deux marques sur une même ligne
Le certificat IFS Food Version 8 couvrait bien les conserves de poisson. L’audit a été programmé un jour de changement de série, entre la marque du site et celle de l’importateur. Des étuis de la série précédente restaient au poste de conditionnement après le vide de ligne enregistré comme fait. La dernière modification de la maquette de l’importateur avait été imprimée sans son approbation écrite.
Le cahier des charges prévoyait une allégation d’origine. Le bilan matière d’un lot n’a pas pu être bouclé : une reprise de produit n’avait pas été enregistrée. Une allégation sans bilan matière bouclé ne se défend pas devant un distributeur.
Fournisseur C : la bonne certification, la mauvaise édition
La revue documentaire avait déjà trouvé l’écart principal. La station détenait un certificat GLOBALG.A.P. IFA v6 en édition Smart ; l’enseigne cliente de l’importateur exigeait l’édition GFS, que la page IFA de GLOBALG.A.P. présente comme conçue pour les producteurs qui ont besoin de la reconnaissance GFSI. La même enseigne demandait l’évaluation sociale GRASP, réalisée chaque année avec l’audit IFA, par le même organisme, et qui donne une lettre de conformité valable un an.
Sur place, deux constats de plus. Le plan d’analyses de résidus avait été construit pour un autre marché ; or la Commission européenne fixe les limites maximales de résidus pour toutes les denrées, et sa base de données permet de les consulter, le Journal officiel faisant seul foi. Et une partie des saisonniers recrutés en début de campagne n’avait pas de trace de formation à l’hygiène.
Quelles décisions l’importateur a-t-il prises ?
Trois recommandations différentes, chacune avec des conditions écrites. La décision de référencer est restée celle de l’importateur.
Fournisseur | Constat principal | Recommandation | Conditions de levée |
|---|---|---|---|
A | Températures non enregistrées entre débarquement et réception ; traçabilité incomplète vers les couvercles | Qualifié sous conditions | Critères d’acceptation à réception révisés, nouvel exercice de traçabilité, preuves transmises à distance |
B | Vide de ligne défaillant entre deux marques ; maquette non approuvée ; bilan matière non bouclé | Non qualifié en l’état, puis qualifié après audit de suivi | Procédure de changement de série et d’approbation des maquettes revue ; audit de suivi sur site, un jour de changement de série |
C | Édition Smart au lieu de GFS ; GRASP absent ; plan d’analyses inadapté | Qualifié pour la campagne sous conditions | Plan d’analyses aligné sur les limites de l’Union, formation des saisonniers prouvée ; GFS et GRASP avant la campagne suivante |
Le suivi s’est adapté à la nature des preuves. Pour A, elles étaient documentaires : enregistrements de température, procédure révisée, résultat du nouvel exercice. Pour B, le défaut portait sur une pratique : seule une nouvelle visite pouvait la vérifier. Rapports, constats et état des actions ont été suivis fournisseur par fournisseur dans l’espace client Inspirra.
Qu’a changé le PPWR dans ces trois dossiers ?
Une question par fournisseur : qui est le fabricant de l’emballage au sens du règlement (UE) 2025/40, applicable depuis le 12 août 2026 ? Selon la FAQ de la Commission, il n’y a qu’un fabricant par emballage, qui établit la déclaration UE de conformité à partir des informations de ses fournisseurs. Lecture appliquée au cas type, à valider par écrit avec chaque partie :
- A vend sous sa propre marque : la conserverie est en principe le fabricant de l’emballage de vente, même établie hors de l’Union, et porte la déclaration de conformité, directement ou par un mandataire.
- B fabrique sous la marque de l’importateur : le titulaire de la marque est en principe le fabricant ; B transmet les informations sur ses boîtes, ses étuis et leurs fournisseurs.
- C expédie en cartons sans marque client : le fabricant de ces emballages de transport est en principe le cartonnier ; C lui demande les informations utiles.
Pour les emballages au contact des aliments, les limites PFAS s’appliquent depuis le 12 août 2026. Le détail des rôles est sur notre page PPWR et emballages.
Quelles leçons pour un acheteur qui qualifie des fournisseurs marocains ?
Trois certificats valides n’ont pas suffi, et trois écarts différents l’ont montré. Avant votre prochain programme, vérifiez ces points :
Pour la méthode complète, lisez notre guide de l’audit fournisseur au Maroc ; pour dimensionner un programme, ce qui fait varier le coût et la durée des audits fournisseurs. Les exigences propres aux conserveries sont détaillées sur notre page produits de la mer et conserves, celles des stations sur la page GLOBALG.A.P., SQF et PrimusGFS.