Quel est le point de départ de ce groupe agroalimentaire ?
Un groupe marocain de fruits et légumes, trois sites, six référentiels et quatre programmes d’audit interne qui ne se parlaient pas. Ce cas type est composite : il réunit des situations que nous rencontrons en mission, sans décrire une entreprise réelle.
Site | Activité | Marchés | Certifications |
|---|---|---|---|
Souss | Station de conditionnement de primeurs | Distribution britannique | BRCGS Food Safety Issue 9 |
Loukkos | Surgélation de fruits rouges | Distribution allemande et française | IFS Food Version 8 |
Région de Meknès | Purées et préparations de fruits | Industriels européens | FSSC 22000, mise à niveau vers la Version 7 à prévoir |
Les trois | Système intégré QSE | Exigence de plusieurs clients | ISO 9001, ISO 14001, ISO 45001:2018, sur un certificat commun |
Le groupe avait formé des auditeurs internes sur chaque site, en majorité des techniciens qualité. Une responsable QSE groupe, basée au siège, pilotait le système intégré, préparait la revue de direction et tenait la maîtrise documentaire commune. Chaque site gérait en plus le programme de son référentiel de sécurité des aliments.
Le diagnostic, mené au cadrage, a relevé cinq faiblesses :
- Quatre programmes, quatre grilles. Une même ligne de conditionnement était auditée plusieurs fois dans l’année, sous des angles différents, par des auditeurs différents.
- Des exigences jamais auditées. Sur le site IFS, le programme ne prouvait pas que toutes les exigences du référentiel étaient couvertes dans les 12 mois, alors que l’exigence 5.1.1 est le KO n° 8. Sur le site BRCGS, le plan de food defense n’apparaissait dans aucun audit.
- Des dates groupées. Les audits se concentraient dans les semaines précédant chaque audit de certification, loin des quatre dates réparties dans l’année que demande BRCGS (3.4.1).
- Une indépendance incomplète. La responsable QSE groupe auditait elle-même la revue de direction et la maîtrise documentaire, qu’elle animait.
- Une santé-sécurité sous-auditée. Les grilles combinées existaient pour la qualité, peu pour le stockage des produits chimiques, la circulation des chariots ou la consignation en maintenance.
Pourquoi un programme combiné, en partie externalisé ?
Parce que le problème n’était pas le nombre d’audits, mais leur organisation et leur indépendance. ISO 19011:2026 adopte le principe de l’audit combiné : un programme peut couvrir plusieurs normes, auditées ensemble. Le groupe a gardé ses auditeurs internes et confié à un auditeur externe ce qu’ils ne pouvaient pas couvrir seuls.
Le partage retenu :
Qui | Ce qu’il audite | Pourquoi |
|---|---|---|
Auditeur externe | Pilotage et revue de direction, maîtrise documentaire, programme d’audit lui-même | Processus animés par l’équipe groupe : indépendance |
Auditeur externe, avec un auditeur interne en binôme | Exigences KO IFS, exigences fondamentales BRCGS, exigences additionnelles FSSC 22000 Version 7 | Expertise des référentiels et formation de l’équipe |
Auditeurs internes, en croisé entre sites | Processus opérationnels : réception, production, stockage, expédition, maintenance | Connaissance du métier, sans auditer son propre site |
Équipe de chaque site | Inspections d’hygiène et de structure | Programme distinct exigé par BRCGS (3.4.4) et IFS (5.2) |
La responsable QSE groupe est restée cliente de l’audit au sens d’ISO 19011:2026 : elle valide le programme, reçoit les rapports et présente les résultats en revue de direction. Le cadre complet de ce partage est décrit dans notre guide de l’audit interne externalisé.
Comment le programme a-t-il intégré les règles de chaque référentiel ?
En traitant chaque règle comme une contrainte de calendrier, puis en combinant tout ce qui pouvait l’être. Chaque audit regarde un processus sous les angles qualité, environnement, santé-sécurité et sécurité des aliments ; chaque constat est rattaché à une norme et à une clause.
Site | Règle à respecter | Choix du programme |
|---|---|---|
Souss (BRCGS) | Au moins quatre dates réparties dans l’année ; toutes les activités chaque année, HACCP, prérequis, food defense et fraude compris (3.4.1) | Cinq dates, dont deux pendant la campagne ; food defense et fraude audités avec la réception |
Loukkos (IFS) | Toutes les exigences IFS dans un programme de 12 mois, réalisé en 15 mois au plus ; stockages extérieurs détenus ou loués inclus (5.1.1) | Matrice de couverture exigence par exigence ; chambre froide louée auditée avec l’expédition |
Meknès (FSSC 22000) | ISO 22000:2018, article 9.2 ; éléments qualité dans le périmètre de l’audit interne (2.5.9) | Un audit dédié aux exigences additionnelles de la Version 7 avant l’audit de mise à niveau |
Les trois (QSE) | Programme selon l’importance des processus, les changements et les résultats passés | Un audit combiné des articles modifiés d’ISO 9001:2026 et d’ISO 14001:2026 avant l’audit de transition |
Un exemple de constat combiné : sur deux sites, des produits de nettoyage étaient stockés sans rétention près d’un regard. Un seul constat, rattaché à la préparation aux situations d’urgence (ISO 14001), au risque chimique des opérateurs (ISO 45001) et à la maîtrise des produits chimiques en zone de production (référentiel de sécurité des aliments du site). Une seule action, traitée au niveau du groupe pour les trois usines.
Pour la certification aussi, l’intégration compte. Le document Global ACI-TECH-3-008, applicable depuis le 28 août 2026, cite une approche intégrée des audits internes parmi les caractéristiques d’un système intégré que l’organisme de certification évalue. Les grilles combinées sont devenues une preuve de plus à présenter.
Comment l’indépendance a-t-elle été organisée ?
Par des règles écrites dans la lettre de mission, appliquées audit par audit :
- aucun responsable qualité de site n’audite son propre site ;
- les processus animés par la responsable QSE groupe sont audités par l’auditeur externe ;
- ACG avait accompagné la révision du plan HACCP du site de Meknès : ce plan a été audité par un autre auditeur que le consultant qui l’avait révisé ;
- l’auditeur externe ne rédige pas les actions correctives, qu’il doit ensuite vérifier ;
- aucun auditeur d’ACG ne participe à l’audit de certification de l’un des trois sites ; ISO/IEC 17021-1 interdit d’ailleurs à un organisme de certification de réaliser les audits internes de ses clients certifiés.
Qu’a montré le premier cycle d’audits combinés ?
Moins d’audits pour les équipes de production, mais des audits plus longs et mieux préparés. Les constats ont changé de nature : moins de remarques documentaires, davantage d’écarts de terrain, rattachés à plusieurs normes à la fois.
Trois effets ont été observés :
- Des écarts récurrents d’un site à l’autre, invisibles quand chaque site avait son programme : ils ont été traités une fois, au niveau du groupe.
- Une couverture démontrée : la matrice IFS et le calendrier BRCGS permettent de répondre à l’auditeur de certification sans reconstituer l’historique.
- Des auditeurs internes plus sûrs d’eux après les audits en binôme, sur les exigences qu’ils évitaient auparavant.
Les rapports, l’état des actions et un tableau de bord par site et par norme sont partagés dans l’espace client Inspirra ; la responsable QSE groupe en tire le résumé présenté en revue de direction, comme le demande BRCGS (3.4.3).
Quelles leçons pour un groupe certifié ISO et GFSI ?
Qu’un audit interne combiné se construit d’abord sur une matrice des exigences, ensuite sur un calendrier, et seulement après sur une répartition des auditeurs. Avant de lancer le vôtre, vérifiez :
Les étapes côté site sont détaillées dans notre mode d’emploi pour préparer un audit interne externalisé, et la construction d’un programme intégré dans notre article sur la matrice de correspondance QSE.