Qu’est-ce que l’accréditation ISO/IEC 17025 d’un laboratoire au Maroc ?
C’est la reconnaissance, par le SEMAC, de la compétence et de l’impartialité d’un laboratoire pour des essais, des analyses ou des étalonnages précis. Le Service marocain d’accréditation est, selon la page Accréditation du ministère de l’Industrie et du Commerce, le seul organisme marocain d’accréditation. Il agit dans le cadre de la loi n° 12-06 relative à la normalisation, à la certification et à l’accréditation et de son décret d’application n° 2-10-252 du 20 avril 2011.
Le ministère précise trois points qui cadrent tout projet :
- l’accréditation est volontaire pour la plupart des organismes, sauf lorsqu’une réglementation la requiert ;
- les laboratoires d’essais et d’analyses, comme les laboratoires d’étalonnage, sont accrédités selon la NM ISO/IEC 17025 ;
- l’accréditation est délivrée pour un cycle de cinq ans, pendant lequel trois évaluations de surveillance sont réalisées, puis une évaluation de renouvellement à la demande du titulaire.
Dans les faits, la demande vient presque toujours de l’aval : un client export qui veut des résultats sous accréditation, un donneur d’ordre, un cahier des charges. Le marché est déjà structuré. La liste SEMAC des laboratoires accrédités, révision de septembre 2026, compte 181 accréditations actives selon la NM ISO/IEC 17025:2018, dont 25 en étalonnage. Les accréditations accordées en 2025 et 2026 y portent une date d’expiration fixée cinq ans après leur date d’octroi : le cycle de cinq ans se lit directement dans la liste.
Notre page accréditation ISO/IEC 17025 présente l’accompagnement d’ACG et le dossier de demande pièce par pièce. Ce guide détaille ce que le texte exige, comment écrire la portée, comment se déroule le parcours SEMAC et comment tenir le cycle.
Que contient ISO/IEC 17025:2017, chapitre par chapitre ?
Des exigences d’impartialité et de structure, puis des exigences techniques sur les ressources et les processus, et enfin un système de management. L’édition en vigueur est la troisième, publiée en novembre 2017. La fiche de la norme sur le site de l’ISO indique qu’elle a été révisée et confirmée pour la dernière fois en 2023 et qu’elle « reste donc d’actualité ». Au Maroc, elle est appliquée sous la référence NM ISO/IEC 17025:2018.
Le meilleur plan de lecture est celui du SEMAC lui-même. Son questionnaire d’auto-évaluation AL 311, exigé pour une demande initiale, une extension à un nouveau domaine technique ou un renouvellement, reprend la structure et la numérotation de la norme. Pour chaque exigence, le laboratoire indique le document et l’enregistrement qui y répondent.
Chapitre | Ce qu’il couvre | Ce que l’évaluateur cherche |
|---|---|---|
4. Exigences générales | Impartialité, confidentialité | Analyse des risques pour l’impartialité, engagements du personnel, règles de confidentialité |
5. Structure | Entité juridique, direction, activités couvertes | Responsabilités définies, activités de laboratoire décrites, cohérence avec la portée |
6. Ressources | Personnel (6.2), installations (6.3), équipements (6.4), traçabilité métrologique (6.5), prestataires externes (6.6) | Compétences et autorisations, conditions ambiantes maîtrisées, étalonnages, raccordement au Système international d’unités |
7. Processus | Revue des demandes et règles de décision (7.1), méthodes (7.2), échantillonnage (7.3), objets d’essai (7.4), enregistrements techniques (7.5), incertitude (7.6), validité des résultats (7.7), rapports et déclarations de conformité (7.8), réclamations (7.9), travaux non conformes (7.10), données (7.11) | La preuve, essai par essai, que le résultat est fiable et traçable |
8. Système de management | Option A (exigences propres) ou option B (système ISO 9001 qui soutient les chapitres 4 à 7) | Maîtrise documentaire, risques et opportunités, audits internes, revue de direction |
Trois remarques pratiques. Le chapitre 7 pèse le plus lourd en évaluation : c’est là que se jouent méthodes, incertitudes et comparaisons interlaboratoires. L’option B ne dispense de rien sur les chapitres 4 à 7 : un laboratoire d’une usine certifiée ISO 9001:2026 garde tout le travail technique. Enfin, l’exigence 7.11 sur la maîtrise des données vise tout système qui collecte, traite, enregistre, transmet ou stocke les données, logiciel commercial compris : le questionnaire demande la validation de sa fonctionnalité avant usage et avant toute modification.
Comment rédiger une portée d’accréditation que le SEMAC peut évaluer ?
En décrivant, ligne par ligne, ce que le laboratoire sait démontrer aujourd’hui, dans le format que le SEMAC publie. L’accréditation ne couvre que la portée annexée au certificat ; la procédure A 111.02 le rappelle : la portée est « le reflet de la situation au moment de l’évaluation ».
Le projet de portée se rédige sur le modèle AL 319 bis pour les essais et les analyses, AL 319 pour l’étalonnage et AL 3110 pour l’échantillonnage, téléchargeables sur la page du ministère. Les portées publiées en avril 2026 pour la chimie et l’agroalimentaire montrent le niveau de détail attendu :
Colonne de la portée | Ce qu’on y écrit | Exemple de formulation |
|---|---|---|
Produit soumis à l’essai | La matrice ou la catégorie de produits | Végétaux riches en eau ; produits de la pêche |
Intitulé de l’essai | L’essai ou la technique | Détermination de la teneur en histamine par chromatographie liquide |
Caractéristiques ou grandeurs mesurées | Le paramètre, son unité, parfois la liste des substances | Teneur en mg/kg |
Référence de la méthode | Norme marocaine, autre norme, ou méthode interne identifiée | NM ISO, NF EN, méthode interne avec sa version |
Lieu de réalisation | Laboratoire permanent, laboratoire mobile ou site | Laboratoire permanent |
Chaque ligne engage le laboratoire sur quatre preuves : une méthode vérifiée ou validée, une traçabilité métrologique, une incertitude évaluée et une assurance de la validité des résultats. Une ligne de trop, c’est quatre dossiers de plus à défendre devant l’évaluateur technique. Le SEMAC liste parmi ses documents applicables le guide ILAC G18 sur la formulation des portées.
La portée n’est pas figée. La procédure A 111.02 distingue deux extensions : l’élargissement des méthodes pour des prestations déjà couvertes, et l’élargissement à d’autres essais, analyses ou grandeurs, dans un domaine accrédité ou non. Selon le cas, le SEMAC procède par examen documentaire, évaluation technique complémentaire ou nouvelle évaluation complète. Une extension accordée garde la date d’expiration de l’accréditation initiale. Un exemple complet figure dans notre cas type d’extension de portée aux résidus de pesticides.
Comment se déroule le parcours SEMAC, de la demande à la décision ?
En cinq temps : dossier, recevabilité, évaluation, levée des écarts, décision. Les délais ci-dessous sont ceux des procédures du SEMAC ; ils ne disent rien du temps de préparation, qui dépend du point de départ du laboratoire.
Étape | Ce qui se passe | Règle ou délai du SEMAC |
|---|---|---|
1. Contact | Le chef du SEMAC désigne un responsable d’accréditation, qui transmet les modalités et la liste des documents | Procédure A 110.03, § 2.1 |
2. Dossier | 22 pièces listées par le document AL 411 : formulaire AL 310, auto-évaluation AL 311, projet de portée, traçabilité, comparaisons interlaboratoires, procédures, audit interne, revue de direction | Un mois pour compléter un dossier incomplet, sinon classement sans suite |
3. Recevabilité | Complétude, portée, capacité du SEMAC à évaluer le domaine | Décision sous cinq jours ouvrables après réception du dossier complet ; au moins une comparaison interlaboratoires réalisée (politique A 006.01) |
4. Pré-évaluation | Facultative, à la demande du laboratoire | Décision communiquée dans la semaine qui suit la réception du rapport |
5. Évaluation | Système de management et activités techniques de la portée | Écarts notifiés en réunion de clôture |
6. Levée des écarts | Analyse des causes, plan d’actions, preuves | Tous les écarts levés avant l’octroi |
7. Décision | Revue du rapport, avis de la commission d’accréditation, décision du chef du SEMAC | Accréditation éventuellement accordée pour une partie seulement de la portée |
Deux règles surprennent souvent les laboratoires qui préparent leur première demande.
La première porte sur les essais interlaboratoires. La politique A 006.01 du SEMAC fait d’au moins une comparaison interlaboratoires, dans un des domaines techniques principaux de la portée demandée, une condition préalable à la recevabilité. Un laboratoire qui n’a encore participé à rien ne peut donc pas déposer : le calendrier des campagnes d’essais d’aptitude fixe souvent la date de dépôt.
La seconde porte sur la décision. Selon la procédure A 110.03, la commission peut rendre un avis positif, conditionnel ou négatif, et peut n’accorder qu’une partie de la portée. L’accréditation n’est « matériellement accordée » qu’une fois la preuve faite que tous les écarts sont levés. Le certificat, signé par le ministre de l’Industrie et du Commerce, mentionne la version en vigueur du référentiel, la référence de la portée, la date d’émission, qui est celle de la décision, et la date d’expiration.
Le laboratoire entre alors dans la liste publique des titulaires : numéro, date d’accréditation, type, état (active ou suspendue), date d’expiration et référence de la portée en vigueur. Les clients s’y fient pour vérifier un rapport. Le détail de la préparation, de la portée à la répétition de l’évaluation, est dans notre méthode pour préparer une évaluation SEMAC ISO/IEC 17025.
Que vérifie l’équipe d’évaluation sur site ?
Que le système décrit dans le dossier fonctionne, et que chaque ligne de la portée repose sur des preuves. L’évaluation porte à la fois sur le système de management et sur les activités techniques de la portée, menée par un responsable d’évaluation et des évaluateurs techniques du domaine.
Les écarts se classent en deux niveaux dans les procédures du SEMAC. La non-conformité met en cause la fiabilité des résultats ou l’efficacité du système. La remarque est un écart non critique, mais une accumulation de remarques sur un même sujet peut être requalifiée. Lors d’une évaluation initiale, les deux doivent être levées avant l’octroi.
Sur le terrain, les écarts techniques se concentrent sur cinq sujets, que nous préparons dans cet ordre :
- Les équipements critiques et leur traçabilité : chaque balance, étuve, pipette ou thermomètre utilisé pour un essai de la portée figure au tableau de traçabilité A 311, avec un certificat d’étalonnage reconnu par la politique de traçabilité du SEMAC.
- Les méthodes : une méthode normalisée est vérifiée dans les conditions du laboratoire ; une méthode interne ou adaptée est validée, avec un dossier complet.
- Les incertitudes : une procédure de calcul, un budget par méthode, des données à jour, une règle de décision écrite pour les déclarations de conformité.
- La validité des résultats : cartes de contrôle, matériaux de référence, comparaisons interlaboratoires exploitées et reliées aux incertitudes.
- Les compétences : autorisations nominatives pour chaque essai et chaque signataire, avec suppléants.
Une règle d’éthique traverse tout le parcours : l’équipe d’évaluation s’abstient de tout conseil, y compris lors de la pré-évaluation. La préparation se fait donc avant, avec vos équipes ou avec un consultant qui n’évaluera jamais votre laboratoire.
Comment se déroule le cycle de cinq ans ?
Par des surveillances à intervalles fixés, une extension possible à tout moment et un renouvellement avant l’expiration. La procédure A 110.03 donne le rythme : première surveillance au plus tard douze mois après la décision d’octroi ou de renouvellement, puis quinze mois entre deux évaluations, sans dépasser vingt-quatre mois, et renouvellement au moins six mois avant l’expiration. Appliquées à un cycle de soixante mois, ces règles donnent le calendrier type suivant :
Repère | Mois après la décision | Ce que le laboratoire prépare |
|---|---|---|
Décision d’accréditation | 0 | Certificat, portée signée, inscription sur la liste |
Première surveillance | 12 au plus tard | Actions correctives de l’évaluation initiale, premier audit interne et première revue de direction du cycle |
Deuxième surveillance | Environ 27 | Essais d’aptitude réalisés, traçabilité à jour, éventuelle extension combinée |
Troisième surveillance | Environ 42 | Couverture de tous les domaines techniques par les comparaisons interlaboratoires |
Évaluation de renouvellement | 54 au plus tard | Dossier de renouvellement, auto-évaluation AL 311, portée mise à jour |
Expiration | 60 | Nouveau certificat si le renouvellement est accordé |
Le programme peut être modifié en cours de cycle, par exemple pour combiner une surveillance et une extension, à condition de ne jamais dépasser vingt-quatre mois entre deux évaluations. Trois mois au plus tard avant chaque évaluation, le SEMAC écrit au laboratoire pour rappeler la période et demander les changements importants et la documentation.
Chaque surveillance examine en priorité l’efficacité des actions correctives précédentes, la revue de direction, l’audit interne, les réclamations, les qualifications du personnel nouvellement recruté, la participation aux essais d’aptitude, la traçabilité métrologique et l’usage du symbole d’accréditation. Les non-conformités relevées doivent être levées dans les six semaines suivant l’évaluation ; à défaut, la commission propose une suspension. La politique A 006.01 ajoute une exigence de cycle : au moins une comparaison interlaboratoires dans chacun des domaines techniques principaux accrédités.
Deux décisions se prennent donc dès la première année : le plan d’essais d’aptitude sur cinq ans, et le calendrier des extensions. Une demande d’extension peut être combinée avec une surveillance si elle est déposée au moins trois mois avant la date prévue et jugée recevable ; une demande présentée le jour de l’évaluation n’est pas prise en compte, selon la procédure A 111.02.
Sur la reconnaissance internationale de l’accréditation, en mouvement depuis la création de Global ACI au 1er janvier 2026, voir notre article sur l’accréditation des laboratoires en 2026-2027. Pour les organismes qui inspectent en plus d’analyser, notre guide ISO/IEC 17020:2026 pour l’organisme d’inspection suit la même logique SEMAC.
Par où commencer ?
Par un diagnostic de la portée visée, avant tout document. Les frais du SEMAC sont publics et fixes ; le budget réel dépend de la portée, des méthodes et de la métrologie, comme le détaille notre article sur le coût et la durée d’une accréditation ISO/IEC 17025.
Les formations associées, exigences d’ISO/IEC 17025, incertitudes de mesure et audit interne de laboratoire, relèvent de nos formations aux normes ISO. Inscrites au plan de formation, elles peuvent relever des contrats spéciaux de formation de l’OFPPT selon leurs règles, sans montant garanti : voir ingénierie et financement CSF OFPPT. Le contexte des laboratoires et des organismes d’inspection est présenté dans notre secteur laboratoires et organismes d’inspection.