Quel est le point de départ de ce cas type ?
Un industriel certifié sur un seul site, à qui un client demande désormais trois normes sur plusieurs sites. Ce cas est un cas type composite : il assemble des situations que nous rencontrons dans les projets de systèmes intégrés que nous accompagnons. L’entreprise, son client et les éléments chiffrés sont fictifs et donnés à titre d’illustration.
L’entreprise fabrique des structures métalliques, des armoires et des pièces chaudronnées pour l’industrie. Elle compte environ trois cents personnes, réparties sur trois sites.
Site | Activités | Situation de départ |
|---|---|---|
Usine principale, région de Kénitra | Siège, bureau d’études, découpe, soudage, assemblage | Certifiée ISO 9001:2015 ; un responsable qualité à temps plein |
Usine de Tanger | Découpe, soudage, atelier de peinture | Hors périmètre ; un animateur sécurité, pas de système écrit |
Dépôt de Casablanca | Stockage, montage final, livraisons | Hors périmètre ; une équipe logistique |
Au renouvellement de son contrat, un client européen, fabricant d’équipements, ajoute ISO 14001 et ISO 45001 à ses exigences fournisseurs, pour les sites qui produisent pour lui. La direction constate en même temps deux accidents avec arrêt à l’atelier de peinture de Tanger. Elle décide de lancer un projet de système de management intégré et de consulter des cabinets.
Quels choix ont été faits avant de consulter ?
Quatre décisions, prises en comité de direction avant d’écrire la moindre ligne du cahier des charges. Elles ont fixé ce que les cabinets devaient chiffrer.
- Un seul système intégré, avec une fonction centrale au siège de Kénitra : une cartographie, une gestion documentaire, un programme d’audit interne et une revue de direction communs, et des exigences locales par site. La méthode est décrite sur notre page système de management intégré QSE.
- Les versions en vigueur. Pour la qualité, la transition vers ISO 9001:2026 et l’extension aux deux autres sites. Pour l’environnement, une première certification directement selon ISO 14001:2026 : selon le document de transition de Global ACI, aucune certification initiale selon la version 2015 n’est possible après le 31 octobre 2027. Pour la santé-sécurité, ISO 45001:2018, avec une relecture prévue après la révision que le comité ISO/TC 283 attend pour 2027 au plus tôt.
- Tous les sites dans le périmètre. Les trois sites n’ayant pas des activités très similaires, l’organisme ne pourra pas en auditer un échantillon : selon Global ACI-TECH-3-001, c’est la condition de l’échantillonnage. Chaque site devait donc être préparé, et le cabinet capable d’y être présent.
- Un audit combiné. Selon Global ACI-TECH-3-008, la réduction de durée liée à l’intégration est plafonnée à 20 % et l’organisme doit être accrédité pour chaque norme. Le gain attendu était surtout d’organisation : un audit, une équipe, un rapport.
Le responsable qualité de Kénitra a été nommé chef de projet, avec du temps réservé chaque semaine, et un référent a été désigné sur chacun des deux autres sites.
Comment la consultation a-t-elle été menée ?
Sur un cahier des charges unique, envoyé à quatre cabinets, avec une grille de notation arrêtée avant l’ouverture des offres. Le cahier des charges suivait le modèle de notre article cahier des charges d’une mission de conseil ISO : périmètre par site, effectifs et équipes postées, point de départ, livrables, formation, contraintes de sécurité, format de réponse avec un prix par phase.
Chaque cabinet pouvait visiter les sites de Kénitra et de Tanger avant de répondre. La grille donnait 30 % à la méthode, 25 % à l’équipe, 15 % aux références, 10 % au planning et 20 % au prix, avec quatre critères éliminatoires : déclaration d’indépendance, consultant nommé, absence de garantie de certification, absence de promesse de montant CSF.
Offre | Ce qu’elle proposait | Décision |
|---|---|---|
A | Un forfait « trois normes, certificat compris », l’audit étant confié à un organisme présenté comme partenaire | Écartée : conseil et certification liés |
B | Un délai fixe de quelques mois, un « kit documentaire » à adapter, aucune visite de Tanger | Écartée : délai sans diagnostic, pas de transfert de compétences |
C | Un consultant qualité très expérimenté, une seule visite par site, rédaction non incluse, aucun expert nommé en environnement ni en santé-sécurité | Classée troisième |
D | Un diagnostic payé comme première phase, un référent et deux experts nommés, une présence planifiée sur chaque site, un prix par phase | Retenue |
L’offre A posait le problème le plus net. Les règles d’accréditation interdisent à un organisme de certification de fournir du conseil en système de management, et de laisser entendre que la certification serait plus simple ou plus rapide avec un cabinet donné, comme le rappelle la grille d’évaluation du SADCAS pour ISO/IEC 17021-1 (articles 5.2.5 et 5.2.9). Un certificat obtenu ainsi aurait été fragile face au client européen.
Qu’est-ce qui a fait la différence entre les offres ?
La preuve de la compétence sur chaque norme et sur chaque site, plus que le prix. L’offre D n’était pas la moins chère : l’offre C coûtait moins, mais parce qu’elle comptait moins de jours sur site et laissait la rédaction à l’entreprise. Ramenées au jour de consultant et au contenu de chaque phase, les deux offres étaient proches.
Trois épreuves ont départagé C et D :
- L’entretien avec le consultant référent. Il lui était demandé d’expliquer comment il mènerait le diagnostic de l’atelier de peinture de Tanger. Le référent de D a parlé déchets dangereux, stockage des produits chimiques, risques d’incendie et d’exposition, consultation des travailleurs et obligations du Code du travail ; celui de C, surtout de procédures.
- Les appels aux références. Une référence de C a indiqué que le consultant annoncé avait été remplacé en cours de mission. Les deux références de D, des sites industriels de taille comparable, ont confirmé que le système tenait après le départ du cabinet.
- Le planning. D plaçait l’audit à blanc après un cycle complet d’audits internes sur les trois sites ; C le plaçait juste après la fin de la rédaction.
Comment la mission a-t-elle été cadrée après le choix ?
Par un contrat qui reprend le cahier des charges, puis par un premier trimestre consacré au diagnostic et au planning. Les critères qui ont guidé ce choix sont repris dans notre guide pour choisir un cabinet conseil ISO au Maroc.
Le contrat comprend : la liste des livrables en annexe, un prix par phase payé à la remise de chaque livrable, le nom du consultant référent, des deux experts et d’un suppléant, la déclaration d’indépendance du cabinet, un engagement de confidentialité et la propriété des documents produits. Les facteurs qui ont fixé le nombre de jours sont ceux décrits dans notre article sur les honoraires et la durée d’une mission de conseil ISO.
Le pilotage repose sur un comité mensuel : le directeur général, le chef de projet, les référents des sites et le consultant référent. L’avancement se mesure en écarts levés, documents validés et personnes formées, pas en jours consommés.
Les formations ont été inscrites au plan de formation avant leur réalisation : pilotes de processus, auditeurs internes croisés entre sites, sensibilisation des équipes en arabe et en français. Elles peuvent ainsi relever des contrats spéciaux de formation de l’OFPPT selon les règles de leur manuel de procédures (mai 2006, modifié par l’avenant n° 2 du 2 juin 2014) ; une simulation a été faite, sans promesse de montant. Le détail est sur notre page ingénierie et financement CSF OFPPT.
Enfin, l’entreprise a consulté elle-même des organismes de certification accrédités pour les trois normes, en leur demandant leur calendrier de transition vers ISO 9001:2026 et ISO 14001:2026, leur calcul de durée d’audit combiné et la composition de l’équipe. Le cabinet a aidé à lire les offres, sans en recommander aucune.
Quels enseignements pour un industriel multisite ?
Que le choix du cabinet se prépare autant que l’audit. Les points qui ont compté dans ce cas, à vérifier dans le vôtre :